mardi 10 avril 2018

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Allez, zou... c'est parti pour les films du printemps... le blog reste ouvert.

[On y parle, entre autres, de Don't worry, he won't get far on foot de Gus Van Sant, l'Ile aux chiens de Wes Anderson, Mes Provinciales de Jean Paul Civeyrac...]



[ajout du 16-05-18]

Le livre d'image(s): Godard - Klee.

Depuis longtemps, on peut dire toujours, avant même le Petit soldat, l'œuvre de Klee a accompagné celle de Godard. De Klee, Yves Peyré écrit qu'il "est un créateur à part, aussi déroutant qu’envoûtant... qu'il est poète par éclats... que son art est fait de rebonds et de ruptures, qu'il glisse, franchit des failles, qu'il est inquiet d’une musique qui n’éclot qu’à grand peine... Nous nous penchons vers lui, nous nous tendons pour mieux voir, il n’est que trop évident que nous ne l’atteindrons jamais, incapable de véritablement le cerner". De Godard, on pourrait dire la même chose. A l'instar de Klee, Godard "est une question, un paradoxe, une transgression".

84 commentaires:

Anonyme a dit…

Et le texte sur le Gus Van Sant ?

Anonyme a dit…

pourquoi avoir supprimé vos publications sur facebook et transformé certaines ?

Buster a dit…

Ce sont des notes écrites à chaud à la sortie du film, j'ai besoin parfois de les corriger, quand c'est pas assez précis, je les laisse sur Facebook le temps qu'on les lise, mais en fait personne ne les lit :-D

La note sur le Van Sant... oui oui je vais la publier

Buster a dit…

Le problème de Don’t worry… le biopic de Gus Van Sant sur John Callahan, ce dessinateur de presse américain, originaire de Portland - Portland est à Van Sant ce que Philadelphie est à Shyamalan -, tétraplégique depuis l’âge de 21 ans et longtemps alcoolique, c’est que le cinéaste a choisi de mettre en avant, via l’autobiographie de Callahan, la dimension pathologique du personnage au détriment de son talent de cartooniste (sous prétexte que pour Callahan vaincre son alcoolisme aurait été la chose la plus importante de sa vie), fait de provocation, de transgression, de méchanceté aussi… bref ce qu’on appelle le politiquement incorrect… valorisant au contraire le côté mystico-gnangnan (le péché mignon de GVS) qui soudainement l’a gagné, de sorte que par moments on a l’impression d’assister à un film éducatif sur les dangers de l’alcool. Pire, en privilégiant ainsi la transformation spirituelle de Callahan, au contact de son gourou baba cool, le leader du groupe de parole des AA, qui le voit acquérir, en même temps que le succès, la croyance, avec ce que cela suppose de salvateur, dans les vertus de la rédemption, du pardon et de l’estime de soi… le film réduit l’art de la satire chez Callahan à une fonction purement thérapeutique. Il y a du vrai, bien sûr, mais limiter le film à cet aspect des choses, l’inscrire dans un ensemble de causalités socio-psychologiques (abandon par la mère, humiliation, alcoolisme, accident, paralysie, alcoolisme toujours puis révélation…) et le chemin inverse pour arriver au salut (même si Van Sant nous fait grâce de quelques étapes), c’est non seulement confiner l’esprit irrévérencieux de Callahan à du pur folklore (ses cheveux orange, sa façon de piloter son fauteuil roulant à toute berzingue, etc.), c’est surtout céder au mythe de l’art comme symptôme: le dessin pour surmonter les traumas de l’existence, plutôt que dépasser, via la satire, l’image qu’offre, au regard de l’autre, le corps d’un tétraplégique… De la part de GVS c’est vraiment décevant.

Anonyme a dit…

Merci Buster

Anonyme a dit…

Salut Buster,
Ravi, mais non surpris, de voir que le blog reste ouvert.
J'imagine que vous avez vu - et aime - le dernier Wes Anderson. Je 'ai vu hier et je le trouve tres bon. D'habitude, W. Anderson, ce n'est pas mon ratelier, a l'exception de Rushmore, et de Fantastic Mr. Fox. C'est surtout grace a ce dernier que je suis alle voir L'ile aux chiens/Isle of Dogs. Ours d'argent du meilleur realisateur, il n'y a pas de Chien d'argent ou d'or: pour une fois qu'un festival fait oeuvre utile on ne va pas s'en plaindre.
Pas de doute, c'est la patte de Wes Anderson. Les yeux des clebards sont exactement les memes chez Fox. Le cinephile cynpophile utilise les animaux pour parler des preoccupations humaines (surpopulation, migration forcees, acceptation sociale, pollution, fuite faniliale, etc.), comme chez La Fontaine et Esope. Et c'est drole, nom d'un chien.
Apres l'excellente BO de Fox et la belle ritournelle de La forme de l'eau, c'est encore le Francais Alexandre Desplat qui soigne nos oreilles. Il est toujours en grande forme.
L'animation des avions me fait invinciblement penser aux anciens jeux video 8-bits et ce n'est pas un hasard si le jeune heros humain se prenomme Atari.
Animation en volume utilisant le stop-motion pour le cachet artisanal pointu. Mouvements deliberement cahotants, mais juste un peu. Tout cela donne au film un charme retro assez fou. La magie d'un Melies et la talent de conteur d'un Preminger.
L'histoire est celle d'une fable dystopique comme on en voit dans les anime japonais. Et le Japon anime, filme par un gaijin, a rarement ete aussi beau sur grand ecran. Wouaf, wouaf! (Traduction: 3 etoiles)
Ludovic

Buster a dit…

Merci Frolic... euh pardon... Ludovic

(pas encore vu le film, demain j'espère)

TMK a dit…

C'est vrai ça, la référence à "Tous les garçons et les filles" au sujet de "Mektoub, my love..." n'y était pas, ni ici ni là-bas. Abracadabra !

Buster a dit…

Salut TMK, vous voulez dire que j'ai rajouté la référence après coup par rapport à la note sur FB?

En fait elle se trouvait dans ma toute première note publiée dans les commentaires d'un précédent fil: le 25 mars, je l'avais supprimée ensuite dans la version remaniée sur FB puis finalement remise dans la dernière version publiée sur le blog sur les conseils d'un ami qui trouvait que cette référence était bienvenue, qu'il y avait pensé lui aussi... sinon, c'est une habitude chez moi de corriger en permanence mes textes, c'est mon côté obsessionnel (qui ne s'arrange pas avec l'âge).

valzeur a dit…

Hello Buster,

J'ai testé L'Ile aux chiens et, contrairement à Ludovic, je trouve que cela ne vaut pas grand chose. Ce "brûlot politique" (d'après Libé, comment dire...) confirme la glaciation esthétique terminale de ce tout petit-maître qu'est désormais Wes Anderson.

Par contre, passé un moment pas déplaisant du tout à Ready Player One ; mon secret, j'ai décidé d'avoir 12 ans après la première heure du film (pendant celle-ci, j'ai plutôt dormi, le film me fatiguait...)

Anonyme a dit…

alors buster, vous défendez toujours macron, ou un an de macronisme vous a enfin ouvert les yeux ?

Buster a dit…

Hello valzeur... bah alors, on préfère le soleil kechi-chien aux déchets de l'île aux chiens... vous n'aimez pas les enfants ni les chiens?... remarquez, de la part du WC Fields de la critique je suis pas surpris :-D

"Brûlot politique plein de mordant"... oui ça c'est le chapô de Libé... un truc d'aboyeur (hé hé) pour accrocher le lecteur... mais bon le texte qui suit n'est pas si mal... sinon, et pour rester dans Libé, je conseille le papier de Marcos (dit Dersou) Uzal et son entretien avec Wes Anderson.

Buster a dit…

L'âne Onim, je défends... rien du tout... ni Bonaparte (Macron) ni les bons apôtres (les syndicats)... Macron c'était marrant pour les élections, histoire de faire la nique aux grands partis et rabattre son caquet à ce paon de Mélenchon... tout ça c'est fini... et puis je fais la part des choses... tout mélanger au nom, soi-disant fédérateur, du "service public", c'est n'importe quoi... désolé mais le sort des soignants est certainement plus préoccupant que l'avenir des cheminots... les étudiants j'en parle pas, entre ceux qui veulent le retrait de la loi ORE et ceux veulent refaire mai 68, j'ai rien compris... Voilà c'était ma minute politique.

Anonyme a dit…

merci buster, ça fait plaisir à lire, vraiment :(

Anonyme a dit…

@Anonyme: chaque chose en son temps et a sa place. Buster dedie ce blog aux sujets qui l'interessent. Dont la politique, rarement (ouf). Merci de respecter les vues des autres et de ne pas venir troller ici, d'autant plus qu'Internet fourmille de lieux ou cette remarque serait appropriee. Ne melenchons pas tout...
Ludovic

Anonyme a dit…

Pourquoi opposer les soignants et les cheminots ? Ils sont pris dans la même logique d'abandon des territoires. La ligne de Macron c'est de considérer que les régions en crise n'ont pas d'avenir économique,et partant pas d'avenir politique non plus. Je précise que j'ai voté pour lui, car je ne voulais pas d'un Frenchxit

Buster a dit…

Je n'oppose pas les soignants et les cheminots, je considère simplement que si l’inquiétude des cheminots porte sur leur AVENIR (leur statut à défendre et pas le blabla sur le service public), celle des soignants à l’hôpital (infirmier/ières, aide-soignants…) c'est sur leurs conditions de travail ACTUELLES, qui sont proprement scandaleuses, et qu'à ce titre les revendications des premiers, avec comme moyen de pression l'habituelle grève, sport national à la SNCF, orchestrée par les syndicats dans une logique surtout électoraliste... me touchent infiniment moins que la colère des seconds qui eux ont plus de mal à se faire entendre dans ce climat de grogne généralisée (et qu'on ne me parle pas de solidarité, qu’on ne me dise pas que les cheminots font aussi la grève pour les soignants, y’a pas plus corporatiste comme mouvement).

Buster a dit…

Sinon retour aux affaires courantes. J'ai vu L'Ile aux chiens, inutile de dire que j'ai beaucoup aimé, avec une petite réserve cependant, j'y reviendrai... j'ai vu aussi Red sparrow, un navet (n'est pas De Palma qui veut), mais ça j'en parlerai pas.

Anonyme a dit…

et le mépris social chez macron, vous y pensez buster ?

Anonyme a dit…

Salut Buster,

Vous connaissez le refrain: on ne nourrit pas un troll...a bon entendeur.

Pas vu Red Sparrow, pourtant Jennifer Lawrence est une bonne actrice, mais cette histoire d'espionne russe ne m'inspirait pas trop.. vous me connaissez, j'aime qu'un film me transporte aillers le temps de la seance et avec le Moineau rouge, je craignais justement que ca ne me rappelle trop les actualites, recentes ou pas.

Vu Hostiles de Scoot Cooper (Crazy Heart, Les fourneaux de la colere, Strictly Criminal), et Les gardiennes (Xavier Beauvois). Hostiles est assez bien, bien que trop serieux. Le Beauvois, euh... ben non quoi. Il est probable qu'on se souviendra de XB pour Des hommes et des dieux. Je prefere Le petit lieutenant.

Ludovic

mircea a dit…

Un peu circonspect sur l'île aux chiens. Ce n'est pas tant le projet que la forme qu'il prend. Wes Anderson a construit son film autour de l'esprit scout (mission à accomplir, question du chef, musique) ( comme le fit Moonrise Kingdom mais à plus juste titre) et ça m'a un peu mis à distance. Tout autant que ces allers/retour entre l'île (aux scouts) et la terre (et son tyran caricatural). Le film est à la fois trop compliqué (notamment dans son langage préçieux) pour plaire aux enfants, et trop caricatural pour plaire aux adultes. Peut-être une allergie pour le scoutisme, je ne sais pas. Ce que j'ai préféré : les éternuements des chiens.

Anonyme a dit…

Sur la SNCF il faut écouter Ruffin : https://www.youtube.com/watch?v=gGL6NET6M14

Buster a dit…

Bon alors, L’île aux chiens, Isle of dogs, I love dogs... tout le monde a aimé, sauf ceux, bien sûr, qui détestent les chiens, ou préfèrent les chats (comme à Criti-cat), ou bien encore n’ont jamais aimé Wes Anderson, son fétichisme, son goût pour les maisons de poupées, cette manière, étouffante, de saturer la cadre de mille détails, excluant tout hors-champ, cinéma soi-disant racorni et sans vie... blablabla... Anderson c’est autre chose.
On peut analyser le film sous l’angle de l’insularité (largement présente chez Anderson), du chuken (le chien fidèle, inspiré de l’histoire d’Hachikô, cf. ) - on pense aussi à la Belle et le clochard -, de la dictature (le maire de Megasaki), du consumérisme (l’île-poubelle), de la culture japonaise en général, vue de l’extérieur (des estampes aux mangas, du culte des chats au sumo, de la cuisine traditionnelle au cinéma: Kurosawa et Miyazaki), mais ce qui demeure en dernier lieu c’est bien l’art d’Anderson, sa façon unique d’agencer des éléments a priori disparates, proche de la manière dont on prépare les plats au Japon?, en tous les cas qui associe profusion et ordonnancement - mixte idéal pour figurer l’univers concentrationnaire du film, à l’image de l’île où les déchets se trouvent compartimentés -, qui fait du cinéma d’Anderson un véritable "art du plein" - mais qui ici, dans la dernière partie, lorsqu'on quitte l'île, frise un peu le trop-plein (j'en conviens), d'où ma préférence pour Fantastic Mr Fox, son précédent film en stop motion, où le plein se limitait aux circuits du terrier -, quoi qu'il en soit, un art qui inscrit l'oeuvre dans toute une tradition, sur le plan esthétique, celle du triptyque ou encore de l’architecture moghole, le Taj Mahal (cf. le Grand Budapest hotel), figure rêvée - dominée par l’harmonie et la symétrie - et forcément inaccessible, dont Anderson chercherait peut-être à se détacher (du moins partiellement), à travers cette vision de la décharge, le rapprochant pour le coup d’artistes plus contemporains (Arman, Erro, Boltanski...), à la différence que lui a su conserver, outre son âme d’enfant, un vrai pouvoir d’émotion, et ce quoiqu’en disent ses détracteurs.

Anonyme a dit…

alors buster, toujours macroniste ?

et pour faire plaisir à ludovic j'ajoute que j'ai bien aimé l'ile aux chiens :)

Buster a dit…

Pas macroniste mais pas antimacroniste non plus... j'ai trouvé Macron brillant, presque trop, par moments on avait l'impression que Plénel et Bourdin lui faisaient réviser un oral...d'ailleurs les deux journalistes qu'on annonçait comme des terreurs, qui allaient lui rentrer dedans, n'ont pas fait le poids, à part rouler des yeux (Bourdin) et frétiller de la moustache (Plénel) ils ont été systématiquement renvoyés dans les cordes faute d'arguments dès que l'échange se prolongeait un peu... c'est d'ailleurs ça qui est inquiétant, aujourd'hui, même dans l'opposition, il n'y a plus personne... Le Pen et Wauquiez, à droite, Mélenchon à gauche, c'est nullissime... à part manifester leur mépris pour Macron (chez Mélenchon c'est même de la haine, toujours convaincu que ce blanc-bec lui a piqué sa place), ce qui peut se comprendre tant Macron les ringardise, dans sa façon peut-être discutable mais réellement nouvelle, moderne, de faire de la politique ... Bref c'est le désert (à part Ruffin que j'aime bien, mais lui il joue le rôle de poil à gratter, c'est le bouffon du roi), il y a d'un côté Macron et de l'autre... rien, que la rue, et ça c'est pas bien.

(désolé Ludovic, j'ai nourri le troll)

Anonyme a dit…

Ben ca alors, Buster, pour une fois que vous aimez un Wes Anderson moins que moi (il me semble) et un PTA plus que moi (Le fil invisible, bien, mais ampoule)... les temps changent, chantait Dylan... et c'est tres bien.
Pas mal votre billet sur Isle of Dogs.

Bon, Nosferatu m'attend.
Ludovic

Strum a dit…

Hello Buster. Un peu déçu par le Wes Anderson pour ma part. C'est bien, mais le propos est assez convenu ("brûlot politique" : je suis moi aussi circonspect) passé l'originalité du concept, et le meilleur moment reste encore pour moi celui où Anderson reprend dans la bande son le génial thème musical des Sept Samouraïs de Kurosawa. Cela dit, je n'aime pas tellement les chiens, et le film a réussi à me faire aimer les personnages canins qui sont la porte d'entrée du spectateur dans le récit ; la gageure n'était pas mince. PS : Macron est très fort et connait très bien ses dossiers comme il l'a effectivement montré devant Plenel et Bourdin sans notes pendant trois heures ; ce qui le guette, toutefois, c'est une certaine arrogance naturelle qui va de pair avec son intelligence mais peut irriter certains.

Tolbiac a dit…

Macron brillant ??!! Vous habitez sur Jupiter, Buster ? Face à des journalistes qui n'étaient pas décidés à se laisser faire, le président des riches et de la casse sociale a sombré ! C'était pas Macron mais Micron !!

valzeur a dit…

Hello Buster,

Il faudra que vous nous expliquiez en quoi Macron fait de la politique de façon moderne : est-ce de faire poser une imam danoise "féministe" dans son fauteuil ou de mépriser les corps intermédiaires ? Ou de se balader partout avec sa première dame pour qu'elle exhibe toutes les tenues Vuitton possibles et imaginables ? ou de participer en chef de guerre omnipotent au bombardement le plus risible et inefficace qui se puisse concevoir ?

Mais quittons ces hauteurs politiques pour redescendre à hauteur humaine avec L'Île aux chiens qui ne m'a personnellement pas du tout exalté - j'aime plutôt le cinéma d'Anderson, et notamment The Grand Budapest Hotel, mais là, je suis resté sur ma faim. En fait, la tendance à la miniaturisation d'Anderson ne peut que desservir ses films animés ; traiter ses acteurs comme des marionnettes donne des effets étonnants (cf GBH) mais l'inverse est impossible, et Anderson se trouve bloqué dans une sorte de tautologie - une marionnette est une marionnette - qu'il contourne par la bande-son et une direction d'acteurs à la précision impressionnante ; reste l'image, des vignettes qui se balaient les unes les autres, latéralement ou pas, à la frontalité désespérément lassante. J'ai personnellement beaucoup de mal à prendre au sérieux ces thématiques "adultes" baignés de flegme et de maniaquerie, et je ne les trouve guère amusantes non plus. Subséquemment, l'Ile aux chiens ne génère en moi qu'un ennui chic.

Buster a dit…

Salut valzeur, toujours FI à ce que je vois...

(Tiens un détour par Tolbiac... Non, Macron n’a pas sombré, faut vraiment être de mauvaise foi (FI quoi) pour balancer ce genre de connerie… Bourdin surjouait son rôle de journaliste pugnace, le numéro sur les retraités, ça puait la démagogie à plein nez, Plenel, à part balancer quelques piques ici ou là, n’a pas été non plus à la hauteur... mais bon j’arrête, j’ai pas envie de prolonger le débat, à entendre toujours les mêmes âneries sur Macron, je vais finir par devenir réellement macronien)

Sinon, j'ai pas compris la démonstration concernant Anderson, le rapport acteur/marionnette... il n'est pas direct, dans un sens comme dans l'autre, il manque un troisième élément, le personnage, qui est le point de rencontre entre l'acteur et la marionnette (acteur → personnage ← marionnette) et permet de dépasser l'impasse tautologique. Les chiens sont extraordinaires dans le film, plus que les enfants, ils sont plus "humains" (bien qu’ils marchent à quatre pattes, contrairement aux animaux de Fantastic Mr Fox) pour des raisons peut-être graphiques (l’image des enfants est très stylisée), mais surtout parce qu’ils dégagent une palette d’émotions plus étendue... A ce niveau le film est magnifique, le rapport des chiens entre eux sur l’île est vraiment ce qui m’a le plus touché, davantage que l’histoire et son contenu politique, de même que sa représentation, un peu trop dense, trop pleine, surtout à la fin… Mais c’est quand même un beau film.

PS. J'ai rêvé ou au début du film on évoque le cas d'un chien nommé Buster, déporté sur l'île, et si déprimé qu'il a fini par se pendre avec sa laisse ?

Anonyme a dit…

mon cher buster, vous oubliez que macron n'a recueilli au premier tour des présidentielles que 18% des inscrits et que son élection est le fruit d'un concours de circonstances exceptionnelles, c'est une réalité dont il pourrait tenir compte

Strum a dit…

Les chiens sont en effet notre porte d'entrée dans le film car nous voyons les choses à travers eux, par leurs yeux mouvants où se logent des sentiments humains. Ce sont les seuls que l'on comprend. Les dialogues entre chiens sont ce qu'il y a de plus beau dans le film avec la naissance du lien entre Atari et Chief. Atari, personnage kurosawaïen par son indéfectible fidélité à Spots (et défini d'ailleurs par la musique des Sept Samouraïs utilisée deux fois par Anderson), on le voit seulement de l'extérieur, on ne s'identifie pas à lui. De manière générale, les personnages japonais, très raides, ont un côté images d'Epinal, comme une représentation exotique. C'est la limite du film, là où le bât blesse. Mais j'ai quand même bien aimé, même si c'est un film mineur.

Buster a dit…

Vous avez raison Strum, il y a deux univers dans le film, deux formes de poétique, d’un côté, l’occidentale représentée par les chiens, à laquelle on est forcément sensible, poésie à la Starewitch, d’autant que les chiens concentrent notre regard, comme s’ils nous prenaient à témoin de ce qui leur arrive… et de l’autre, la japonaise, plus froide (plus Kurosawa que Miyazaki finalement), à l’image plus éclatée, les détails occupant tout l’écran, ce qui dissémine notre regard… La richesse du film vient des passerelles qu’Anderson dresse entres ces deux univers.

valzeur a dit…

Hello Buster,

Vous bottez en touche sans me répondre, je vois... Mélenchon était un pis-aller pour la présidentielle ; sans en être fou, je le trouve beaucoup moins insupportable que Macron, sa clique de courtisans et sa prétendue "modernité" (il est vrai que j'ai la chance infinie de connaître une députée LREM - que d'ailleurs je ne vois plus depuis un bail - une créature égotique, hystérique et qui, il y a encore quatre ans, était prête à tout pour se faire investir à la députation - elle officiait au PS à l'époque...).

Mais où voyez-vous des personnages dans LIAC, à part Chief ? Des idées de personnages, oui, il y en a plein, il n'y a même que ça, et rien de plus. Que retenir de toutes ces figures animées qu'un ou deux traits saillants pour les plus recherchées et qui ne suffisent pas à former personnage ? J'ai l'impression que la dépression - longtemps le thème de prédilection d'Anderson - a déserté ses personnages pour se réfugier dans la forme même de ces films, d'une maniaquerie frôlant l'hystérie et qui vaut certainement pour quelque chose. LIAC, malgré toutes ses péripéties, n'est guère que le storyboard le plus précis et pointilleux du monde. On dirait qu'Anderson n'a plus comme but que de traquer les traces de vie et de les anéantir, à l'exemple de la belle scène-programme du film , la préparation du repas empoisonné où le vivant - figuré notamment par des lignes courbes - se voit éradiqué et réduit à l'orthogonal.

Buster a dit…

Salut valzeur, moi non plus je n’aime pas beaucoup ceux qui gravitent autour de Macron, les opportunistes de tout bord qui ont attrapé le train en marche, de même que je n’aime pas tous ces éléments bruyants, les plus sectaires, de la France insoumise… sinon entre Macron et Mélenchon, mon sentiment n’a pas changé en un an, malgré ses défauts, je préfère de loin le premier… beaucoup moins méprisant à l’égard de ceux qui n’ont pas voté pour lui que l’autre, celui qui, à l’inverse, se croit sorti de la cuisse de... Jupiter (ha ha)

Des personnages dans L’île aux chiens? Bah oui, les chiens, comme je l’écrivais dans ma réponse à Strum... Chief, Spots, Nutmeg et les autres, personnages secondaires... des vrais personnages d’animation, qui ne soient pas que de simples figurines couvertes de poil, aux yeux plus ou moins expressifs, mais qui existent, par le biais d’une animation personnalisée, qui les distinguent les uns des autres, ce qui est forcément différent de ce que peut apporter un acteur à son personnage, mais ça va dans le même sens, que celui qui est derrière le personnage, qui le façonne, s’en empare suffisamment pour le faire sien et lui donner vie, de façon à nous émouvoir, et qui ne soit pas que de l’anthropomorphisme.

Marius a dit…

Un président qui préfère l'OM au PSG ne peut être foncièrement mauvais.

Buster a dit…

:-)

Anonyme a dit…

Je prefere le cinema au foot...

Melaine Meunier a dit…

@Ludovic : le fait qu'Hostiles soit trop sérieux le rend presque digeste dans la mesure où la solennité tend vers le grotesque, surtout quand elle repose sur les épaules d'un Christan Bale plus ridicule que jamais (je ne comprends pas que cet acteur terriblement mauvais soit encore casté pour de "gros rôles" comme celui-ci...). Le film est nullissime mais semble tellement croire en sa grandeur qu'il en devient drôle malgré lui (notamment sur la fin). Mais bon, ça reste sans doute ce que j'ai vu de pire en ce début d'année.

Mon petit top 3 du printemps :
1. Le 15h17 pour Paris - Clint Eastwood
2. Madame Hyde - Serge Bozon
3. Aura été - Jean-Charles Fitoussi

(+ Mrs Fang de Wang Bing en numéro 1 s'il sort en salle en 2018)

Toujours pas vu L'île aux chiens. Un peu la flemme, d'autant que je n'aime pas beaucoup Wes Anderson... Quelqu'un s'est déplacé pour Frost de Bartas et Mes Provinciales de Civeyrac ?

Anonyme a dit…

@ Melanie Meunier: Christian Bale n'est pas ridicule, il est correct dans un role ambigu, un personnage trop central, defaut imputable a la reputation de Bale (il n'est pas le grand acteur que certains s'imaginent).
L'interpretation de Rosamund Pike, en veuve prostree, est forte mais elle est rendue penible par l'insistance de la camera sur elle.
Le pitch: en 1892, le capitaine de cavalerie Joe Blocker (Bale, evidemment) doit, contre son gre, et pour conserver sa retraite, escorter un vieux chef Indien, Yellow Hawk, dans une reserve du Montana. En chemin, il vivra de nombreuses experiences, et changera d'avis sur les Indiens... Le sujet, un fragment de la lente et dure reconciliation avec les Amerindiens, est traite avec dolorisme des la premiere sequence du film, franchement redhibitoire.
La narration subit le sujet: lente et apre, scandee par de rudes secousses.
Alors, certes, Hostiles n'est pas le grand film decrit par les critiques, il ne vous plait pas et, je le sais, ne plaira pas a Buster (ceci expliquant peut-etre cela), mais il ne merite pas d'etre descendu en fleche (d'Indiens).
Hostiles cede pernicieusement a l'emphase sonore (musique sentencieuse, heureusement a bas volume) et visuelle (masochisme). Mais, ce western d'ambiances (il fallait voir la duree accordee aux paysages, a la nuit, a la pluie) deploie melancolie et remords, et, par la, questionne les thematiques westerniennes traditionnelles. C'est peu mais c'est deja ca. L'ampleur des paysages, honnetement rendue au moyen du format panoramique, merite a elle seule une vision: il est si rare qu'un realisateur etats-unien d'aujourd'hui nous donne a voir le Grand Ouest. On a le droit d'y etre sensible.
On y voit, je vous rejoins, une caricature; mais aussi quelques rares eclaircies, d'ou mon jugement.


Ludovic

Buster a dit…

Pas vu Hostiles, et pas sûr que j'aille le voir. Par contre J'ai vu Mes Provinciales de Civeyrac, beau film d'apprentissage, un bildungsfilm, bressonien en moins altier, eustachien en moins littéraire, garélien en moins sombre... Un film érudit, plein de références mais léger dans sa manière de les intégrer, il y a là une réelle grâce, c'est pas Desplechin... J'y reviendrai.

Anonyme a dit…

Hostiles ne vous plaira pas, Buster.
Mes Provinciales, j'aimerais le voir, mais il ne sort pas a Nancy, ni ailleurs en Lorraine.La seance la moins eloignee, c'est quand meme au Star a Strasbourg...
J'attends votre billet pour profiter du film par procuration.
Ludovic

Buster a dit…

OK.

Ludovic a dit…

Sinon, je viens de revoir Phantom Thread. Ampoule, je maintiens, mais vraiment beau et raffine. Pas etonnant qu'il vous plaise autant. Poli, seduisant, fringant, attentionne pour ceux qui comptent, Woodcock doit etre une sorte de modele pour vous. PTA filme un art de vivre, vivre son metier comme si sa vie en dependait, et vivre sa relation a la femme, enfin.
Ludovic

mircea a dit…

Vu Mes Provinciales. J'ai bien aimé aussi. Le terrain est familier, risqué, mais le film suffisamment sensible et personnel pour nous épargner le sentiment d'un déjà-vu insurmontable. Belle idée d'avoir placé ce réçit autobiographique au présent mais pourquoi ce noir et blanc ? Je n'ai pas vraiment été convaincu par ce parti pris.. Quelques beaux personnages mis à part celui de Matthias qui ne m'a gère convaincu tant dans son jeu que dans sa destinée finale.. Mais le film s'en remet plutôt bien et pose de belles questions. Qu'est ce qui appartient en propre à l'individu ou à sa classe? De quelle façon les destinées individuelles s'inscrivent dans l'histoire..? Comment être simplement au monde, comment y appartenir ? Le film ne répond jamais vraiment, et c'est cela qui m'a touché.. Mes provinciales contient quelque chose de pédagogique, à l'image des ouvrages de Pasolini et de Flaubert qu'il cite, et il amène à s'interroger sur ce qu'est le cinéma, ce qu'on peut en attendre.. Tout cela pourrait être ennuyeux, prétentieux, si ce réçit n'avait été placé dans l'écrin d'un joli grand dadet sensible, incertain et perdu.

Buster a dit…

C'est vrai que le personnage principal (Etienne) est très touchant.

Buster a dit…

Ma note sur le film de Civeyrac:

J’ai 20 ans.

Mes Provinciales... avec un P majuscule puisque ça fait référence aux Provinciales de Pascal et sa critique du jésuitisme, le laxisme moral, la casuistique (ici autour de la question de la fidélité ou de l’engagement politique), nos actes sont-ils en conformité avec nos paroles? etc. Présenté comme ça, on pourrait croire au grand film d’Auteur, avec un A majuscule, d’autant qu’on y parle aussi de littérature (de Flaubert à Nerval, en passant par Novalis et Pasolini), de musique (de Bach à Mahler - l’adagietto de la 5ème symphonie dans Mort à Venise - en passant par Kancheli et Satie) et bien sûr de cinéma (de Barnet à Naruse, en passant par Khoutsiev et Paradjanov, excusez du peu), puisque le film, un film d’apprentissage (bildungsfilm, ça se dit?), avec tout ce que cela suppose de romanesque, tourne autour de la cinéphilie, celle que l’on vit à vingt ans, quand on est soi-même étudiant en cinéma et qu’on aspire à faire des films... Un désir brûlant de cinéma que partagent les trois personnages masculins du film, montés à Paris, comme dans tout bon roman d'éducation, pour vivre leur passion (au détriment de leur vie amoureuse): Etienne, le personnage principal, une sorte de grand Duduche (ha ha, les pulls), venu de Lyon, Jean-Noël, le plus "sentimental", venu de Clermont, et Mathias, le plus radical, le plus nervalien aussi, venu de Bordeaux, trois futurs amis, le temps d’une saison, en proie à toutes les questions existentielles que l'on se pose à cet âge (à l'instar des trois camarades de J’ai vingt ans / la Porte d’Ilitch de Khoutsiev, un film à la beauté sidérante, comme cette scène du Liliom de Borzage qui jadis avait foudroyé Civeyrac - "un éclair" -, expérience qu’il a analysée dans son livre Rose pourquoi, écrit à la même époque que le film)... C’est en noir et blanc, on peut y voir une coquetterie, à l’image de ce que reproche la première colocataire à Etienne, mais c’est aussi une façon de désancrer le film, puisque Mes Provinciales, s’il se déroule de nos jours (on communique par smartphones, il est question de ZAD et Macron est en passe d'être élu), fait écho aux années 70, à Bresson (via l’Ile Saint-Louis, les cadrages et les ellipses), Eustache (via la chambre et les livres), Garrel (via la mélancolie et la tentation du saut dans le vide), on pense même à Biette, via le prof de cinéma mélomane qui fait découvrir à Etienne une version des Variations Goldberg (celle d’Ekaterina Derjavina je crois - le film est très russophile dans ses citations), renvoyant alors à la fin des années 80, l’époque des vingt ans de Civeyrac, qui fut lui-même étudiant à la Fémis avant d’enseigner le cinéma...

Buster a dit…

Bref, on pourrait reprocher au film son élitisme, son dandysme, voire de céder lui aussi à une forme de jansénisme, par le choix de ses références, le sérieux de son propos, une certaine gravité dans la mise en scène... sauf que, à la différence de ses derniers films (A travers la forêt, Des filles en noir...), à la beauté mortifère, d'une préciosité assumée, mais excessive, qui les rendait trop évanescents, Civeyrac oppose ici une force beaucoup plus concrète, à travers le regard de ses personnages, celui qu'ils ont sur le monde, qui mêle ambition et crainte, certitudes et angoisse, quand les rêves de l’adolescence se confrontent à la réalité, dépassant pour le coup le seul domaine du cinéma, évitant ainsi que seuls les cinéphiles, qu’ils aient vingt ans ou quarante, y trouvent des résonances, avec ce qu’ils vivent ou ont vécu. C’est bien là la réussite première du film: s’ouvrir à un ailleurs du cinéma, qui permette à tout spectateur - enfin, le plus grand nombre - de s’émouvoir de ces personnages, non par identification, mais simplement parce que la croyance est là, que ces personnages, les garçons, idéalistes, comme les filles, plus réalistes, se révèlent étonnamment justes, qu’ils existent, dans leur rapport au cinéma comme à la vie. Non pas que Civeyrac retrouve l’innocence d'un premier film - il y a quelque chose de perdu, et la mélancolie du film vient de là également - mais qu’il arrive à saisir l'état d'esprit qui est celui de la jeunesse, quelle que soit l'époque. S’il n’y a pas de trait d’union dans Jean Paul, signe de ce raffinement qui caractérise Civeyrac, c’est qu’il est peut-être ailleurs. Ici dans le lien qui unit de façon très intime le cinéaste à ses personnages, de sorte que si l’on reste dans un cinéma d'auteur et de hauteur, c'est sans majuscule, où tout se trouve élevé, mais au même niveau, le regard de Civeyrac, celui des personnages et des jeunes acteurs qui les incarnent. La beauté est à ce prix.

Griffe a dit…

C'est vrai qu'il est plutôt réussi ce film de Civeyrac. Et pourtant, valzeur et moi n'avons pas cessé de rechigner pendant la projection, pour les raisons bien dites par cet article : https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/mes-provinciales. Il n'empêche que c'est son meilleur film depuis Ni d'Eve ni d'Adam (pour moi, il s'était perdu depuis dans des films-vases clos).

Christophe Narbonne a dit…

Dans Mes provinciales, classique - et trop long - récit d’apprentissage sur un étudiant en cinéma monté à Paris, en plein doute (artistique et amoureux), Civeyrac oppose les valeureux soutiens de Godard à ceux de Verhoeven et Fincher qu’il brocarde sans nuances : le “méchant” fan de genre fera son long métrage, pas les autres. On a le droit de ne pas être d’accord avec cette vision binaire et un peu fausse. Par exemple moi je n'ai toujours pas fait de film, alors que Jean-Paul Civeyrac en a réalisé au moins 12.

Buster a dit…

Christophe Narbonne, le neuneu de première?

(je préfère Jean Narboni)

valzeur a dit…

Hello Buster & Cie,

Merci, Griffe, pour le lien sur la chronique de Critikat qui est excellente (je suis d'accord à 98 %).
Comme le dénommé Pierre Eugène (qui est ce remarquable critique ?), je trouve à MP deux défauts majeurs :
- l'inadéquation de l'acteur principal avec son personnage
- l'absence de point de vue
A moins que cette inadéquation soit en soi un point de vue : qu'autant de filles et de garçon s'amourachent/s'intéressent à un clone mixé Pete Doherty-Carl Barat en mode Droopy vaudrait alors pour critiquer le milieu et l'évasement par le bas de l'idéalisme qui déjà trouve à s'édifier sur de tels objets de rebut (ce piteux Etienne laid et mou comme un chamallow). Le film pourrait alors dépasser ce poids mort qu'est l'acteur Andranic Manet, mais j'ai des doutes sur cette hypothèse pour une raison bien simple - ou plutôt double d'ailleurs :
- la surcharge musicale charriant la psyché romantique du personnage principal sans aucune distance (Civeyrac réalise-t-il que Matthias démolit le court d'Etienne, notamment sur l'usage pompier et illustratif de la musique, que l'on retrouve au centuple dans Mes Provinciales ?)
- l'abus systématique de fondus au noir - le pompon : la première tentation du suicide, trois pas vers une fenêtre, clôturée entre deux fondus ; cette figure de style tente de redoubler la noirceur première du trajet des zoziaux, mais surtout rallonge inutilement le film d'une bonne dizaine de minutes
La possibilité d'un regard critique n'apparaît que par à coups :
- dans les plans sur le sourire presque narquois (émotion peu Civeyraquienne) de Jean-Noël lors de l'affrontement entre Matthias et Annabel, suivie par la chanson de Satie dédramatisante
- dans le passage très cruel entre Etienne et le fils de son professeur (j'ai regretté que le film ne d'aventure pas plus souvent sur ce terrain)
- dans le final hésitant entre grandiose et dérisoire (la plage de Mort à Venise remplacée par un toit parisien miteux avec une grue au milieu)
Au final, et après un travail sur moi, j'arrive à trouver un petit intérêt à Mes Provinciales et à ses personnages à la fois affirmés et pourtant doutant (j'adore le beau double détail de la non-orientation de ces jeunes spatiale et temporelle ; au tout début du film, Etienne cherchant son chemin demande à un étudiant de la fac incapable de lui répondre ; plus tard, c'est lui qui ne peut donner les horaires d'ouverture de la bibliothèque à un autre étudiant). Il y a une magnifique scène - la seule - au coeur du film, le baiser sur fond de fenêtre à contrejour où le visage de l'actrice s'approche avec la lenteur d'un astre du visage d'Andranic Manet. C'est la seule fois - avec l'échec de la main prise d'Annabel après sa rupture - où Civeyrac filme des travaux d'approche (d'où les raccords vulgaires rencontre + baise qu'il met en scène par deux fois).
Concluons : le film est certes bien écrit, bien structuré, bien joué (sauf Manet, quel Degas !), mais le romantisme qui le saupoudre est un expédient un peu trop commode pour traiter de désillusion et de résignation contemporaines.

Buster a dit…

Salut valzeur,

Mouais... je comprends pas trop l'acharnement contre Andranic Manet... que l'acteur détonne dans le paysage actuel du cinéma français ne le discrédite pas pour autant... je trouve que son côté massif apporte une forme de solidité, c'est comme la charpente du film, sur laquelle viennent s'appuyer, se consoler, les autres personnages, il a quelque chose d'émouvant, un mélange de force et de fragilité qui peut attirer, filles et garçons... Pierre Eugène évoque le Depardieu des années 70, c'est vrai, j'ai aussi pensé à certains acteurs américains d'aujourd'hui comme Paul Dano et surtout du muet comme George O'Brien (a contrario l'acteur qui joue Mathias m'a fait penser à Richard Courcet le héros de J'ai pas sommeil de Claire Denis)... Mais ce n'est pas l'essentiel... Griffe parlait à juste raison de vases-clos à propos des précédents films de Civeyrac (surtout les derniers), là, tout en prolongeant ses obsessions habituelles (le romantisme noir, Nerval...), il arrive à créer un climat beaucoup plus léger, ça respire davantage, malgré l’excès culturel, qui renvoie d’ailleurs non pas à la jeunesse cinéphile mais bien à Civeyrac lui-même, dont on peut voir une forme d’autoportrait à travers les trois personnages (la timidité d’E + la sensibilité de JN + la radicalité de M).
Mea culpa. Ce n’est pas Derjavina qui interprète les Variations Goldberg mais Maria Youdina, que je ne connais que de nom… un enregistrement de la fin des années 60… ce qui ne remet pas en cause le clin d’oeil possible à Biette et le côté très russophile du film, même Naruse n'est évoqué qu'à travers Tchekhov.

valzeur a dit…

Hello Buster,

Manet serait peut-être plus convaincant dans un autre rôle, l'avenir le dira. Dans celui d'un jeune homme sombre et magnétique qui attire à lui filles et garçons, il me semble tout sauf crédible ; sa force est tellement rentrée qu'elle devient plus que putative, sa faiblesse est bien plus visible, et son jeu en devient lassant à force de voix éteinte et de mèche dans les cheveux (certainement un problème de direction d'acteurs, il y a quand même un ou deux moments pas trop mal où il s'anime).

Buster a dit…

C'est une force tranquille... c'est l'effet de contraste avec les deux autres, peut-être trop accentué, qui entretient ce malaise, un corps encombré, une pesanteur, qui tranche avec d'un côté l'énergie un peu électrique de JN, et de l'autre la grâce, évidemment plus séduisante mais également toxique, de Mathias.

valzeur a dit…

Par ailleurs, et par contraste, les deux autres sont très bien, notamment Corentin Fila qui parvenait à se sortir à peu près sans dommage du très médiocre Téchiné où il a débuté.

mircea a dit…

C'est marrant, nous avons eu une perception très différente des acteurs valzeur. Je trouve Corentin un peu caricatural tant dans son jeu que dans le rôle en lui-même. Par contre j'ai bien aimé Jean-Noel... Quand à Manet, je ne comprends pas trop vos critiques. Je trouve que ça fait du bien d'avoir un personnage qui - comme l'a dit Buster - détonne un peu dans le paysage actuel du cinéma français. Certes il est un peu pataud, mais c'est ce qui peut le rendre aussi touchant. Bien sûr il est sensible, voir attachant, mais il n'est pas non plus dénué d'audace, comme le montre la scène où il suit une fille dans la rue.. C'est un personnage qui prend beaucoup de facettes, de nuances au cours du film... Certes on peut se demander si l'attirance qu'il génère n'est pas un peu excessive mais il ne faudrait pas le condamner sous prétexte d'un physique un peu hors normes. Pas mal de filles aiment les gros nounours mignons, un peu bougons/ chiens battus..

Buster a dit…

La scène où il suit la fille, c'est très bressonien.

Buster a dit…

Sinon j'ai commencé le Fassbinder, Huit heures ne font pas un jour...

Emmanuel Burdeau a dit…

Surtout n'écrivez rien sur le Fassbinder. Je m'en charge.

valzeur a dit…

Je ne condamne pas Manet sur son physique mais sur son jeu particulièrement lassant ; s'il était magnétique, j'aurais fait avec son peu d'attrait ; ça n'est pas le cas ; pour ce qui est des facettes, j'en trouve bien peu, voire pas...

pointilleux a dit…

d'accord avec mircea, mathias est le point faible du film, sa radicalité est peu crédible, donc la fascination qu'il est censé exercer… là civeyrac ménage trop la chèvre et le chou et s'égare dans un didactisme inefficace
peut-être la scène où étienne suit la fille rencontrée dans le métro doit-elle son bressonisme au fait qu'il a vu "quatre nuits d'un rêveur" quelques jours auparavant ?… peut-être écoute-t-il l'adagietto de mahler en boucle comme on le fait à cet âge d'une musique aimée ?… difficile et inutile de démêler ce qui appartient au personnage et ce qui appartient à civeyrac dans cet exercice d'autoportrait indirect
davantage qu'eustache ou garrel, le film évoque guy gilles et ses portraits d'anges aux idéaux murés (dans la dernière scène, les coussins du canapé font des ailes à étienne)

Anonyme a dit…

Vous ne voyez plus de films, Bus ?

Anonyme a dit…

Bon, a part Mes provinciales, Pierre Rissient est mort aujourd'hui.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_Rissient

Ludovic

stagiaire chez les Black Blocs a dit…

Bon, alors, ce Vent d'ouest, fake ou pas fake ? On attend l'avis des connaisseurs !

Buster a dit…

Ha ha... j'étais pas au courant, un peu loin de tout ça en ce moment, je viens de regarder, oui c'est bidon, assez grossier d'ailleurs comme imitation... la preuve que c'est un faux, j'ai tout compris du début à la fin :-D

je vous le demande a dit…

La rumeur enfle : Godard aurait bel et bien réalisé ce film... À propos d'imitation, ne s'imitait-il pas déjà un peu lui-même ces dernières années ?

Buster a dit…

J'y crois pas... ça manque de bidouillage sur les images, comme pastiche c'est pas mal, mais comme "vrai faux" c'est un peu limité au niveau technique...

Anonyme a dit…

L'affaire est entendue, c'est un faux

Buster a dit…

Dixit non pas God-art mais ses saints.

Anonyme a dit…

Il ne s'agit pas d'un faux. C'est un film appelé "Vent d'ouest - Jean-Luc Godard" signé ZAD.

Buster a dit…

On est d'accord... ce n'est pas un faux, comme dans la peinture, cherchant à se faire passer pour un vrai Godard, jusqu'à tromper les experts, c'est juste un pastiche, à la manière de Godard, mais qui ne s'est pas non plus présenté comme tel, le film est sorti dans un contexte qui favorisait la confusion, bref beau coup médiatique.

Sinon Jean-Luc Godard n'est pas mentionné en toutes lettres... ce ne sont que des initiales JLG NDDL ZAD

Anonyme a dit…

Vent d'ouest ou pas, JLG est toujours le moins à l'ouest de tous : https://youtu.be/T7zHGiIVjXQ

Buster a dit…

:-DDD

Anonyme a dit…

ZAD c'est Guillaume Massart :)

épilogue a dit…

https://lundi.am/Du-vrai-Godard

Buster a dit…

LOL... un peu amphigourique tout ça... mais bon, on a le mot de la fin: c'est pas Godard l'auteur de la vidéo

valzeur a dit…

Hello Buster,

Alors comme ça, vous vous excitez tous la nouille sur un vrai-faux Godard alors que vous attendent en salles deux vrais Brizé et Honoré parfaitement catastrophiques ? Je ne comprends pas...

Buster a dit…

Ah mais moi j’ai rien demandé, je n’ai fait que répondre aux questions qu’on me posait concernant ce truc appelé "Vent d’ouest".

Le Brizé et l’Honoré, je verrai ça à mon retour en France même si ça ne m’attire pas des masses. Ici j’ai vu Transit de Petzold... bof, pas convaincu, notamment par les partis pris narratifs et ce dispositif temporel qui entremêle 1940 et aujourd’hui, réduisant l’étrangeté du roman à une espèce d’incongruité (le film d’Allio sans être génial était quand même meilleur). Pire, la correspondance forcée entre les deux époques et tout ce que Petzold a rajouté au texte (personnages, situations…) alourdissent considérablement le film, le rendant pour le coup inutilement compliqué et en même temps très signifiant (ainsi la question des réfugiés... ). Tous ces films qui mâchent le travail au spectateur c’est d’un chiant…

Anonyme a dit…

Bonjour Buster,
Dites-moi, puisque vous avez ralenti votre activité critique, pouvez-vous me conseiller d'autres critiques intéressants à lire, ceux que vous lisez régulièrement. Merci.

Buster a dit…

Activité critique c'est beaucoup dire... sinon pas grand-chose à vous conseiller, je ne lis quasiment plus les critiques (Cahiers, Inrocks, le Monde...), juste ponctuellement quelques textes dans Libé et sur Critikat...

Buster a dit…

Bon j'ai rattrapé (une partie de) mon retard... vu quelques films de Cannes, pas nuls mais franchement moyens: Plaire, aimer et courir vite, En guerre, Everybody knows...

Buster a dit…

Quelques mots sur le film de Brizé:

En guerre... après la loi du marché, la réalité du marché... c’est fort, forcément... film Lindoncentré, avec Lindon en cégétiste meneur de grève, autant dire tout colère, mais aussi héros et martyr, ça fait beaucoup pour un leader syndical, à ce niveau le film n’est pas très démocratique, je pense surtout au finale, que je ne dévoilerai pas, juste pour dire que j’ai trouvé ça abject, non pas que ce qui arrive est impossible mais que ce soit Lindon qui incarne à lui seul la protestation dans ce qu'elle peut avoir d'extrême, et non un personnage secondaire, voire anonyme - le réel, le vrai, dans toute son horreur - alors que là, cette acmé dramaturgique, surcharge émotionnelle, ne fait qu’entériner définitivement la mainmise de l'Auteur et de son Acteur sur l'histoire, du moins ce qu'il en reste, dans ce type de cinéma embarqué: la guerre... euh pardon, la grève, comme si vous y étiez, vue sous tous les angles (à la fois inside et à travers le prisme des médias) mais avec le seul point de vue, pauvre, du chantage à l’émotion, la bataille des affects, en gros la colère (justifiée de Lindon et des salariés) vs. le cynisme (écoeurant des patrons), tellement matraquée dans sa représentation, à la réalité tellement bidouillée, par tous ces effets de style, cet esthétisme, très artificiel pour le coup, dans lequel se complait Brizé, qu’il n'en sort rien finalement, outre le choc des images et le poids des mots... bref un film coup de poing qui n'a d'autre but que de vous laisser KO, c'est dire si on est loin de Brecht, pourtant cité en exergue.

Buster a dit…

En complément, un extrait, le début, du texte de Bonitzer (sur les Enfants du placard de Benoît Jacquot), célèbre pour sa formule "pourquoi se fait-on tellement chier?", à propos du manque de romanesque au cinéma:

Bernard Boland soulignait récemment avec raison une phrase du dialogue de l'Homme qui aimait les femmes, et qui est à prendre bien entendu à compte d'auteur: "Vous êtes narratif, vous n'avez pas peur de raconter une histoire". Qui a peur aujourd'hui de raconter une histoire? Disons que c'est une peur diffuse, issue de la modernité, pas seulement et pas principalement cinématographique (littéraire aussi bien, je dirais même surtout littéraire, mais qui s'est propagée ailleurs), un "soupçon" comme on dit, porté à l'encontre du narratif, du romanesque, via un naturalisme dépassé, largement dénoncé et, il est vrai, endémique dans le cinéma, le cinéma français du moins. Aujourd'hui, un peu partout, c'est plutôt le manque d'histoires, de bonnes histoires, qui se fait sentir. La crise du cinéma, c'est aussi la crise du cinéma romanesque, le désir cinéphilique frustré de vibrer auprès d'un récit aussi passionnant et bouleversant qu'ont pu être pour notre génération, au hasard et inégalement, Moonfleet, la Dame de Shanghaï, Mrs Muir, par exemple. Est-il possible aujourd'hui de trouver au cinéma l'esprit de générosité et de passion qui anime le moindre des récits de Stevenson? Peut-être taxera-t-on ce souci de réactionnaire. C'est qu'on ne mesure pas le désert où nous avons soif depuis près de trente ans pour la littérature, depuis quinze ans pour le cinéma, de ces récits qui, écrivait Bataille (auteur sourdement décrié après avoir été la grande référence à la fin des années 60), révèlent "la vérité multiple de la vie". En d'autres termes et pour parler plus crûment, pourquoi se fait-on tellement chier?... (Pascal Bonitzer, Cahiers du cinéma n°281, octobre 1977)