samedi 18 mars 2017

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"Virage sud" (version orchestrale live), Aquaserge, 2 octobre 2015 + la version studio, plus courte, telle qu'on peut l'écouter sur l'album Laisse à être qui vient de sortir.

samedi 11 mars 2017

Split

La horde sauvage. (attention, spoilers!)

Ah Split, le dernier Shyamalan, film-monstre, film-cerveau, un des plus forts, des plus beaux aussi, qu'on ait vus depuis longtemps (Psychose?, Shining? Lost highway?...), si fort et si beau qu'on ne sait par où commencer. Peut-être par le titre, tout simplement. Split. Autant dire divisé, sens premier du mot et du film, en rapport avec le DID (dissociative identity disorder) dont souffre Kevin le héros, mais aussi fendu, cassé, brisé comme du verre, qui fait du film le complément d'Incassable, ainsi que le révèle le twist final, le second twist, avec l'apparition de Bruce Willis, effet certes marketing (c'est le côté roublard de Shyamalan, Incassable 2 devrait être son prochain film), mais surtout prolongement du premier twist, le dévoilement de "la Bête", la 24e identité de Kevin, la plus puissante de toutes, la plus terrifiante, dans laquelle se seraient libérées toutes les potentialités de son cerveau (et j'ajouterai du récit), validant les théories fumeuses - quant au DID - de la psychiatre qui le suivait, laquelle aura joué pour le coup dans l'histoire le rôle d'apprentie sorcière. La "Bête" attendue, espérée, par "la Horde" (les autres identités, du moins les trois ou quatre qui avaient pris le pouvoir, l'ensemble s'apparentant après l'avènement du monstre à une sorte de horde primitive), soit le passage de split à unbreakable, du héros schizo au superhéros (ou supervilain, c'est pareil), autant dire du psycho thriller au comic book movie, de Hitchcock à Stan Lee. "Let's twist again" diront les anti-Shyamalan, sauf que là, jamais le twist shyamalanien n'aura été aussi logique, aussi nécessaire, aussi fondamental, expliquant non seulement que son absence aurait confiné le film au stade de petit film d'horreur lo-fi, pas désagréable en soi mais vite oublié (Shyamalan a besoin d'éclater ses histoires, à la différence d'un Carpenter dont l'écriture est plus musicale, qui peut tenir sur une simple ligne et quelques notes, qui fait par exemple que son dernier film, The ward, que j'aime beaucoup, n'a rien d'autre à révéler que ce que le film nous donne à voir tout du long), mais surtout que, par sa démesure même, par la vision nouvelle, ici quasi hallucinée, que le retournement final offre du film, invitant le spectateur à reconsidérer ce qu'il vient de voir, le récit prend une dimension qu'aucun des précédents films n'avait atteint jusque-là. Donc twist génial - en dépit de son aspect too much (je me répète) mais Shyamalan est un gourmand on le sait -, d'ores et déjà un des plus inouïs de l'histoire des twists (l'autre grand twist vu cette année c'est bien sûr la fin de Barça-PSG, génial aussi dans son genre). Car split, c'est ça également: se répandre, aller le plus loin possible, au-delà des promesses du récit, dans des contrées qu'on ne soupçonnait pas, même si Shyamalan glisse quelques indices ici et là, parmi d'autres, qui eux ne visent qu'à égarer... Mais encore split au sens de partager, qui fait que la disjonction non seulement s'installe à tous les niveaux du récit mais surtout s'organise progressivement, laissant deviner une sorte d'ordre dans le chaos, pour au final mieux rassembler les morceaux... Et là il faut parler de Casey, la jeune fille séquestrée, elle-même divisée et dissociée des deux autres filles, personnage admirable, qui assure l'équilibre du film, à la fois miroir et glace sans tain, sans qui Split ne serait pas ce qu'il est - un chef-d'œuvre, ça y est je l'ai dit -, quand bien même il y aurait pour finir cet incroyable twist... (à suivre)

[ajout du 15-03-17]:

Le cas Casey.

En face de Kevin, aka Dennis aka Patricia aka Hedwig... aka la Bête, il y a donc Casey. Casey Cooke avec ses initiales identiques (CC) comme les superhéros Marvel (Peter Parker aka Spiderman, Bruce Banner aka Hulk...), comme David Dunn le superhéros d’Incassable. Autant dire qu’elle appartient au même univers qu’eux, qu’elle est probablement une future supergirl, ce que laisse supposer le dernier plan dans la voiture où, à travers son regard, elle apparaît "différente", signe manifeste d’une métamorphose en cours. L’histoire de Casey vient ainsi redoubler celle de Kevin/Dennis/la Bête, dans un registre qui relève autant du mythe que du conte de fées. Et c’est bien ce redoublement qui permet au film d’atteindre une telle puissance d’émotion, aidé en cela par l’extraordinaire interprétation de la jeune Anya Taylor-Joy. Il faut voir comment Casey, parallèlement à l’avènement progressif de la Bête, fait preuve elle aussi, petit à petit, d’une forme de contrôle sur les événements, d’abord limité à l’identité la plus fragile (Hedwig) qu'elle essaie de manipuler, puis s’élargissant, en même temps qu’elle investit de nouveaux espaces, dans le sous-sol où elle a été kidnappée, jusqu’à l’affrontement final où vont s’exorciser les traumas du passé. La maîtrise de Shyamalan dans la conduite de son récit, la manière de le découper, d’y intégrer les flashbacks relatifs aux abus sexuels (étonnantes scènes de chasse), est un modèle du genre. Un tournant vient marquer le processus dramatique, lorsque Casey ramasse une vis qui traînait par terre. A ce moment précis, on imagine une possible évasion de la jeune fille, à travers l’usage qu’elle ferait alors de la vis, par exemple forcer une serrure. Il n’en est rien. De la vis il ne sera plus question (ou alors ça m’a échappé). Et c’est après coup que l’on comprend que ce geste sans suite n’était qu’un réflexe chez Casey, celui de l’enfant abusé, pratiquant l’automutilation et récupérant à cette fin tout ce qui peut servir. [ajout du 17-03-17: en fait, ça m'avait échappé, Casey se sert bien, ensuite, de la vis pour forcer la serrure de sa cellule... disons alors qu'au moment où elle ramasse la vis, il y a dans ce geste à la fois l'anticipation de ce qui va suivre - au niveau du scénario - et la condensation symbolique de tout ce qu'elle a subi depuis l'enfance, le traumatisme et ses séquelles] La vis, loin de préparer à une quelconque libération, suggérait au contraire l’enfermement psychique d'adolescente, anticipant surtout sa rencontre avec la Bête, la révélation que constituent sur son corps toutes ces scarifications et le fait que tous deux finalement sont "pareils": des êtres brisés (donc les plus évolués selon la Bête). "Pour aller jusqu’à toi, quel drôle de chemin il m’a fallu prendre", pourrait presque dire chacun, de chaque côté des barreaux, paraphrasant ainsi Bresson. Et c’est très fort.

Au final, Split serait moins un film anti-Trump qu'un film sur la question trans (à travers le personnage de Kevin Wendell Crumb), mieux: un grand film trans... A développer ici ou ailleurs.

mercredi 8 mars 2017

Les belles du Montana

Des trois histoires, reliées par quelques fils seulement, qui composent Certain women, le nouveau film, magnifique, de Kelly Reichardt, la deuxième est peut-être la plus impressionnante. Il ne s’y passe quasiment rien, si l’on compare aux deux autres où il ne se passe déjà pas grand-chose. Mais la beauté est là, au niveau de la forme, dépouillée à l'extrême, comme de tous ces silences qui suggèrent l'indicible. De sorte que si on appliquait la fameuse "règle de trois" chère à Biette, quant à ce qui gouverne un film, on pourrait dire que dans Certain women c’est bien le projet formel qui lutte avec le récit au détriment de la dramaturgie, quasi inexistante. Lutte minimaliste, mais lutte quand même, sur fond naturaliste (au sens littéraire du mot, du réalisme documenté), entre disons l’épure bressonienne, tendant à l’abstraction, et l’épure durassienne, visant à l’isolement, entre le tranchant des plans et la transparence des mots.
Dans les deux cas, une même blancheur, comme celle des montagnes enneigées qui entourent Livingston, petite ville du Montana où se déroule le film, Livingston sur la ligne NP (Northern Pacific) à l'image de l'ouverture avec son train de marchandises, comme si Reichardt elle-même, après son arrêt prolongé dans l'Oregon, était repartie vers l'Est; le Montana, symbole même des grands espaces américains, ici plus sundanciens que fordiens, donc "redfordiens" - Redford y a tourné Et au milieu coule une rivière et l'Homme qui murmurait à l'oreille des chevaux - sauf que, depuis Hawks, on sait que la pêche à la mouche est le sport favori de l'homme et que, Patricia Mazuy nous l'a rappelé, prendre soin des chevaux (et les monter) est surtout un sport de filles. Autant dire que dans Certain women il y a bien des chevaux, des chiens aussi (forcément avec Reichardt - le film est dédié à sa chienne Lucy), mais pas de poissons. Et pas d'hommes non plus, du moins de moins en moins à mesure que le film avance (immature dans la première histoire, distant dans la deuxième, l'homme est carrément absent de la troisième), laissant les femmes seules, enfermées dans leur solitude, ce qu'évoque l'encerclement des montagnes.
Bon alors, et cette deuxième histoire, en quoi est-elle si impressionnante? C'est que, moins ludique que la première (les relations difficiles entre une avocate - Laura Dern - et son client, prêt à tout, même une prise d'otage, pour obtenir gain de cause), moins séduisante que la dernière (la rencontre entre une juriste débutante - Kristen Stewart - venant donner des cours du soir et une jeune ranchwoman - Lily Gladstone - qui y assiste pour le seul plaisir de la voir - sublime scène quand celle-ci après le cour fait monter Kristen Stewart sur son cheval et l'emmène au pas jusqu'au fast-food du coin), elle est comme le point d'ancrage du film. Où y règne une vraie mélancolie, soit la part la plus durassienne du film, à travers cette histoire de pierres, restes d'une ancienne école bâtie à l'époque des pionniers, qu'une femme (Michelle Williams) mal mariée veut absolument récupérer d'un vieil homme pour la construction de sa future maison. A un moment donné, alors que les pierres sont rassemblées, on voit la femme faire un signe de la main au vieil homme, resté debout derrière sa fenêtre, sans que celui-ci lui réponde, comme s'il ne la voyait pas... Ce court moment, écho à d'autres, est comme un temps d'évanouissement dans le film, une sorte d'aphanasis, le regard ailleurs du vieil homme renvoyant la femme à sa propre solitude, comme si les blocs de pierres ainsi acquis, tels des Bastilles de grès, ne faisaient que l'emprisonner un peu plus, hors du monde...

A venir: Split de M. Night Shyamalan (comme c'est la journée de la femme et non du trouble de la personnalité multiple, j'ai permuté les textes, ha ha).

mercredi 1 mars 2017

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Bon, avant de vous parler de Split, le dernier film, génial, de Shyamalan, quelques mots sur deux autres films, l'un très moyen, l'autre franchement raté.

1. Loving de Jeff Nichols

Take care.

"C’est un beau roman, c’est une belle histoire, lui, il était blanc, elle, elle était noire..." Oui, bah non, pas de roman ici, juste une histoire qui n’a de beau que le nom des époux (Loving), le surnom de la femme ("String bean" devenu "Brindille" dans la version française), la carrosserie des voitures (ça se passe au tournant des années 60) et bien sûr le fait d’être vraie. Or le vrai c’est quoi dans Loving? Une image de magazine, celles de LIFE que Nichols (via son acteur fétiche, Michael Shannon, qui dans le film tient le rôle du photographe) reproduit invariablement, le plus fidèlement possible (ah, Joel Edgerton, sa chemise à carreaux et sa gueule de redneck, semblable au vrai Richard Loving), suite de plans que la presse s’empressera de trouver sobres, empreints de dignité, alors que tout y est lisse, parce que justement ce n’est que reproduction, reconstitution, mise à plat d’une histoire réduite à sa stricte symbolique, celle du politiquement correct, sans autre enjeu que celui d’être volontairement (autant dire que ça se voit) dépouillé du trop-plein d’émotions que risquait un tel sujet (l’histoire des époux Loving, voulant vivre là où ils ont toujours vécu, en Virginie, sauf que dans cet Etat, en 1958, le mariage interracial constituait un crime). De sorte d’ailleurs que le sujet, à force de lissage, finit par se déplacer, l’intérêt de Nichols semblant davantage porter sur le mariage (dans la lignée familialiste de ses films précédents, ici ce n’est plus take shelter mais take care) que sur l'interracial. La preuve? Le fait que ce qui touche plus spécifiquement à la question de la mixité soit relégué à la périphérie du film. D'abord sous forme d'ouverture: la vie à Central Point, où les Blancs, du fait de leur pauvreté, vivaient mêlés aux Noirs, au mépris des lois raciales. Puis à la fin: la bataille juridique (Loving v. Virginia), se résumant à quelques rencontres avec les avocats de l’ACLU, jusqu'à son dénouement heureux (le jugement qui condamnait les Loving cassé par la Cour Suprême). Pourquoi pas, puisque c'est cohérent avec le point de vue du couple, ne revendiquant rien d’autre que de pouvoir s’aimer, loin des mouvements antiségrégationnistes de l’époque. Souci du "vrai" là encore... Oui mais, faut-il que ça passe par tous ces plans lénifiants, en même temps qu’édifiants, limite kouléchoviens en ce qui concerne le personnage de Mildred dont le moindre regard vient exprimer un sentiment: là le bonheur, là l’inquiétude, là la tristesse... Take care. Comme si Nichols, en épousant le point de vue des Loving, prenait soin lui aussi de son spectateur, prenait soin de ne pas le brusquer, le dorlotant à coup d’images bien-pensantes, lui construisant un bon petit film sweet home, sans véritables tensions (en termes de récit, qui ne relèvent pas du fait divers proprement dit - ici elles sont juste amorcées), sans véritables envolées, se contentant d’entrecouper l’histoire de jolis inserts sur la campagne, le travail de maçon, les tâches domestiques, les enfants qui jouent, etc... bref la vie très simple de gens très simples. Comme dans le reportage de LIFE magazine, comme dans le documentaire Loving story... "comme", c'est-à-dire "conforme à", même pas la réalité mais une image déjà existante de cette réalité. Ce qui fait que finalement le vrai n'existe pas dans Loving, remplacé qu'il est par du ressemblant, voire du re-ressemblant. Pas désagréable en soi mais quand même très gnangnan.

2. Silence de Martin Scorsese

Le jardin des supplices.

Une vraie purge. A la fin, on voit Andrew Garfield (qu'on a suivi tout au long du film) et Liam Neeson (celui qu'il recherchait), deux missionnaires portugais - des jésuites - ayant renié leur religion, après toute une série d'épreuves pour le premier mais ça a dû être pareil, on l'imagine, pour le second (tortures et exécutions en tous genres des villageois japonais convertis au christianisme), visant à éprouver leur foi (et par là le "silence" de Dieu) jusqu'à ce qu'ils finissent (mais c'est long à venir, croyance en Dieu oblige, ce qui arrange bien Scorsese) par abjurer en piétinant l'image du Christ (même si pour le premier il demeurera, cachée au fond de lui-même, la foi originelle)... on les voit donc en train de trier différents objets, contenus dans les bagages de négociants hollandais (les seuls autorisés au XVIIe siècle à commercer avec le Japon parce que, contrairement aux Portugais, ils étaient là uniquement pour faire des affaires... hé hé, pas cons les Hollandais) et de séparer ce qui est chrétien de ce qui est non chrétien. Et le film? Il ne s'agit pas de savoir s'il est chrétien ou pas, il l'est nécessairement, même si c'est sur le versant martyrologique. Pas plus de savoir s'il est scorsésien ou pas, il l'est évidemment, et pour les mêmes raisons. Mais de faire la part entre, disons, le bon et le mauvais Scorsese. Le bon? Quelques plans au début, notamment quand Garfield et Adam Driver, l'autre padre, qui disparaîtra par la suite (parti jouer dans Paterson?), se trouvent planqués, à l'ombre, dans une cabane, et que, n'y tenant plus, ils finissent par sortir pour goûter aux rayons du soleil... peut-être aussi le personnage de Kichijiro, une sorte de Judas qui n'arrête pas de trahir puis de demander à ce qu'on le confesse, seule note d'humour du film. Le mauvais? Bah, tout le reste, à commencer par le choix obsolète, bien que traditionnel à Hollywood, de faire parler tout le monde en anglais, les Portugais comme les Japonais (même les paysans incultes!), ce qui, dans ce Japon post-féodal, très replié sur lui-même, confine au grotesque, j'allais dire à l'hérésie. Mais le pire c'est quand même cette vision que donne Scorsese du conflit religieux, l'opposition pour le moins primaire, car figée (seuls changent les différents types de tortures), entre d'un côté la foi aveugle des chrétiens et leur aspect victimaire, et de l'autre, la cruauté de l'autorité japonaise, représentée par l'Inquisiteur et ses sbires, permettant au cinéaste, sous couvert de traiter l'Histoire, d'étaler une fois de plus ses penchants sadomaso, ce que j'ai appelé dans un autre texte son côté Big shave. Et Dieu que c'est pénible...

mardi 28 février 2017

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Shyamalan et ses 23 personnalités (dans Split elles ne s'expriment pas toutes):

Steven Spielberg, Alfred Hitchcock, Matt Wenger, Stanley Kubrick, Charles Perrault, H.G. Wells, Jacques Tourneur, Rod SterlingNathaniel Hawthorne, Emily BrontëJohn Carpenter, David LynchRobert L. Stevenson, Thomas Harris... Trouvez les autres.

PS. Et pour les faire disparaître, dites: "M. Night Shyamalan".

vendredi 10 février 2017

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Adieu... oui je sais, c'est pas la première fois, mais là, ça va être le feu, je me suis préparé un Dragon Ball Z GT: 3 cl d'absinthe + 3 cl de schnapps à la cannelle (genre Gold Strike ou Goldschläger) + 1 cl de vodka... on se fait un bain de bouche de 15 secondes avec la moitié du shoot, puis on l'avale, ainsi que le reste du verre, cul sec... le shoot avalé, on recouvre tout de suite le verre avec la paume de la main, pour empêcher les vapeurs d'alcool de s'échapper, on attend quelques secondes puis on retire la main et alors, ça y est, c'est parti, on commence à aspirer les vapeurs, lentement, profondément, définitivement...

Sinon j'ai vu Certain women de Kelly Reichardt et Split de M. Night Shyamalan... c'est bon, avec Yourself and yours de Hong Sang-soo, j'ai mon Top 3 pour 2017, je peux partir en paix. Adieu donc.

jeudi 9 février 2017

Yourself and yours




"Ah bon?", "Vraiment?", "Vous croyez?"... c'est ce que n'arrêtent pas de dire les deux hommes que rencontre Minjung dans Yourself and yours, le dernier film de Hong Sangsoo. C'est ce qu'ils disent à la jeune femme en réponse à ce qu'elle leur raconte, sur son identité notamment, exprimant leur doute, à l'instar du spectateur devant le film... Sauf que lui a vite compris qu'il n'y a qu'une Minjung. Pas de double, pas de dédoublement, la jeune femme est simplement duelle. Elle est à la fois elle et autre, autre que ce que les hommes, qu'ils soient "pathétiques" ou enfants (y compris son boyfriend, un peintre avec des béquilles, autant dire des œillères), pensent d'elle, par exemple qu'elle boit et qu'elle drague dans les bars, peut-être même autre que ce que elle, Minjung, pense d'elle-même, qu'elle ne boit pas (ou beaucoup moins) et ne drague pas, quand bien même elle fréquente, seule, les bars. Parce que le doute ici est kafkaïen. La preuve? On voit plusieurs fois Minjung avec un livre de (ou sur) Kafka. Elle ne peut avouer (connaître déjà ces hommes à qui elle se confie, l'alcool aidant) que par le mensonge (vous faites erreur, on ne se connaît pas), c’est le paradoxe de la dualité, cher à Kafka, à travers la sempiternelle question de l'amour, de ce qu'il en est de la rencontre amoureuse, plus précisément de la première rencontre, dont la vérité est impossible à dire sinon par le mensonge. Etant entendu que les deux hommes (qui, eux, découvrent qu'ils se connaissent) ne sont que des moteurs fictionnels (les doubles de HSS), rejouant avec Minjung la première rencontre et rien d'autre (ils sont trop vieux) pour lui permettre, à elle et son amoureux, de repartir de zéro, de revivre la première fois (en mieux), à la condition toutefois que celui-ci accepte Minjung telle qu'elle est, c'est-à-dire telle qu'elle dit être (son mensonge), et non telle qu'il se l'imaginait, ce qu'il prenait pour la vérité. Et il n'y a que Hong Sangsoo pour nous embarquer dans de telles volutes dialectiques, avec sa légèreté coutumière, aussi rafraîchissante qu'une tranche de pastèque...

lundi 6 février 2017

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Un peu de politique-fiction. Nous sommes en mars 2017.

Les affaires se multipliant pour Fillon (dernière en date, son labrador Spinee qui, à en croire Rachida... euh pardon, Le Canard enchaîné, aurait été grassement rémunéré par la société Argos, une société spécialisée dans l’accompagnement des personnes malvoyantes, sauf que celles-ci affirment ne l’avoir jamais vu!), il décide, la mort dans l’âme, sous le regard peiné de Penelope, sa femme, qui faisait tapisserie dans les couloirs de l'Assemblée pendant que lui y travaillait, de renoncer à la présidentielle, entraînant à droite la mise en place d’un plan B, B non pas comme Baroin (n’importe quoi) et encore moins Barkozy (pourquoi pas Balkany pendant qu’on y est), ni même Bayrou mais celui que ce dernier soutient, le BGG, le "bon gars girondin", Juppé pour ne pas le nommer, cet ancien mangeur de cerises en hiver (métaphore rappelant que les emplois fictifs il connaît) dont on pourra dire, si d'aventure il était remis en selle, qu’il l’a vraiment bordelais de nouilles.
Hollande, quant à lui, crie au plagiat ("le renoncement c’est moi") et se dit que, puisque c’est comme ça, oui peut-être, c’est pas impossible, mais bon, faut voir, il pourrait finalement se représenter, d’autant que Hamon est empêtré lui aussi dans une affaire, révélée par Le Figaro: le vol d’une orange sur un étal de Dakar quand il avait douze ans, de même que Valls, convaincu selon Marianne d’avoir plusieurs fois pris l’avion au frais du contribuable pour aller boire un verre avec Penélope... Cruz, alors que Macron est soupçonné de favoritisme, suite à la découverte par Mediapart d'un vieux devoir de français visiblement surnoté (22/20) par sa professeure de l’époque, une certaine Brigitte T., et que, concernant Mélenchon - disparu des radars, je le rappelle, depuis que, trop gonflé de lui-même, il a explosé en plein vol lors d’un meeting à Mainfonds -, on ne sait toujours pas si son hologramme pourra se présenter à sa place.

A part ça j'ai vu Jackie de Pablo Larraín, un film "vertigineux", je suis d'accord avec les Kayé... nan je plaisante, c’est du remplissage du début à la fin, avec là encore, comme dans Neruda, des kilomètres de musique, recouvrant quasiment tous les plans - une horreur -, et Natalie Portman, sur qui je fondais beaucoup d’espoir, bah non hélas, elle n’apporte rien - trop frêle pour le rôle finalement -, noyée qu’elle est sous ce fatras d’images filmées en dépit du "bon sens", aussi prétentieux que ridicule, littéralement un enterrement de première classe.


Heureusement j'ai vu aussi Yourself and yours, le dernier Hong Sang-soo (en fait, l'avant-dernier), un film réellement vertigineux, lui, sur lequel je reviendrai bien sûr...


Et puis des Barnet, plein de Barnet, déjà connus pour la plupart, tous magnifiques: la Jeune fille au carton à chapeau, la Maison de la rue Troubnaïa, Okraïna, Au bord de la mer bleue, Un brave garçon, l'Exploit d'un éclaireurUn été généreux...





Okraïna de Boris Barnet (1933).

dimanche 29 janvier 2017

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Ça débute comme chez Demy (le générique des Demoiselles de Rochefort sur le pont transbordeur), avec Ophuls dans le rétro, pour l'utilisation des grues et des chariots, les mouvements de caméra, ça monte et ça descend (comme dans un scenic-railway), mais avec la grâce d'un bourrin, ça travellingue dans tous les sens, adieu Demy, adieu Ophuls, pour viser ensuite l'âge d'or du musical hollywoodien, de Berkeley à Minnelli, en passant par Donen et Kelly, tout ça en bon élève surdoué, au niveau de la technique, en fait plutôt hyperactif, démarrant les scènes tambour battant, mais incapable de les exploiter réellement, on reste sur le registre de l'illustration (cf. la scène "bigger than life", plus exactement "rebel without a cause", dans le Griffith Observatory), autant dire que c'est vite épuisant, et ce d'autant plus que l'histoire ne sort jamais des rails (si je puis dire) d'un scénario archi convenu, limite scolaire (Chazelle l’a écrit à 25 ans mais a dû le concevoir à 15), où rien ne nous est épargné quant aux clichés sur la passion de l’artiste, l’amour sacrifié, etc. et donc - attention - ce qui donnerait au film toute sa profondeur: la mé-lan-co-lie, comme si Chazelle apportait là quelque chose de nouveau à la comédie musicale, alors que la mélancolie c’est justement ce qui traverse, et de façon autrement plus subtile, les films de Demy et de Minnelli.

- Oui mais bon, l’amateurisme des comédiens dans les scènes dansées, c’est touchant non?
- Euh non, ça fait juste appliqué.
- Et quand ça danse pas, c'est mieux?
- C'est pire... Emma Stone n'arrête pas de grimacer et Ryan Gosling est aussi expressif qu'une huître en train de bâiller.
- Il y a quand même de l'émotion.
- Moi j'appelle ça de la guimauve.
- Pas d'accord, il y a un vrai plaisir, c'est communicatif...
- C'est le principe de la guimauve, du "mâche-moelleux", comme disait je ne sais plus qui.
- Mais non, et puis c'est important de donner du plaisir, surtout qu'en ce moment, Hollywood c'est pas la grande forme...
- Hollywood chewing-gum?
- Tu m'agaces... En plus Chazelle il est jeune, c'est une bouffée d'air, c'est comme Dolan...
- Oui c'est ça, comme Dolan... d'ailleurs Dolan c'est le nom d'Emma Stone dans le film...
- ... ça donne du peps.
- Du peps oui, mais c'est tout.
- Pff... t'es jamais content.
- Si si, je suis content, Federer vient de gagner l'Open d'Australie. La la land...



vendredi 27 janvier 2017

Belle dormant

Une nymphe à gosier charmant,
Dans les ariettes excelle.
Ceux qui marchent tout doucement,
Expriment le nom de la Belle.
(poème du XVIIIe s.) 

J'ai bien dormi à Belle dormant.

Il existe des films du sommeil, pas du rêve, mais du sommeil, des films dont la vocation est de vous plonger dans une douce torpeur, de façon irrésistible, ce qui les rend très agréables à suivre, parce qu'on les suit très bien, peut-être même mieux à moitié endormi que les yeux grands ouverts. Belle dormant est de ceux-là. Evidemment pour que ça marche il faut que le film vous jette lui aussi un sort. Que quelque chose vous pique, non pas le doigt mais les yeux, pour que subitement vous vous endormiez, non pas pour 100 ans mais le temps du film, jusqu'à ce que l'enchantement soit rompu, à la faveur non pas d'un baiser mais d'une caresse, comme un chuchotement au coin de l'oreille. Car c'est de cela qu'il s'agit: Belle dormant est un film qui s'écoute (et ce d'autant plus qu'Arrietta est un cinéaste de l'oreille), dans la pure tradition des contes d'autrefois. Parce que les contes ça s'écoute, ça ne se regarde pas, ça ne se lit même pas, c'est ce qu'on vous racontait le soir, quand vous étiez enfant, pour vous endormir. Les contes ça sert d'abord à ça: une histoire à dormir, non pas debout mais couché dans son lit ou, comme ici, bien installé dans son fauteuil, bercé par des voix, une musique, des silences... Et là, on peut dire que ça fonctionne. Très vite même, dès les premières mesures de batterie (tams-tams d'aujourd'hui), qui annoncent le sortilège et continueront de le scander tout au long du film.
Quel est donc ce sortilège? Je dirais: l'horreur numérique. Il est un fait que visuellement parlant, au niveau de la lumière et des couleurs (on croirait le film bidouillé avec iMovie), Belle dormant est assez laid... c'est ça qui pique les yeux. L'enchantement ne passe pas, ne passe plus, par l'image, quand bien même Arrietta essaierait désespérément, et de façon presque touchante, de lui donner une vieille teinte argentique (à la différence de Merlin), mais par le son, moins abîmé par les ravages du numérique et pour le coup plus à même de vous envoûter... Belle dormant c'est la beauté endormie et l'émotion avec, pas la beauté pour la beauté, ni l'émotion pour l'émotion (n'importe quel documentaire animalier est à la fois beau et émouvant), mais la "beauté émouvante" des films d'avant, techniquement moins parfaits, mais plus proches de la réalité, de celle que voit l'œil humain, forcément imparfait... Certes tout n'est pas laid dans Belle dormant, le regard se trouve par instants réveillé, là par des échos "coctaliens" aux anciens films d'Arrietta (les ailes de l'ange, Narcisse se mirant dans l'eau, etc.), là par quelques "peintures" (la reine de Kentz écoutant la prophétie d'une grenouille bleue - Nathalie Trafford, coproductrice du film, ressemble à Edith Clever dans la Marquise d'O... de Rohmer -, un tel plan ça réveille...), mais l'émotion est ailleurs, dans ce qui fait le présent du film, parce que Arrietta aka Arrieta aka Arietta, Ariette en espagnol, soit un petit air léger, est aussi, comme les cinéastes en "ette", Biette et Rivette, un cinéaste du présent. Et le présent ici c'est ce qu'on écoute les yeux mi-clos. Alors? Alors rien. Juste ça: j'ai bien dormi à Belle dormant et j'ai beaucoup aimé...

jeudi 26 janvier 2017

Steve

Par monts et par vaux.

Jean-François Stévenin est un homme du Jura. Ses films, trois seulement en l'espace de 30 ans - Passe montagne (1978), Double messieurs (1985), Mischka (2001), rien depuis - en portent la trace. Où se mêlent attachement au pays et goût de l'aventure, massivité des corps et vagabondage des idées. C'est un cinéma qu'on pourrait qualifier de géologique, à la fois profondément ancré - l'œuvre semble faite de multiples strates, à l'image du sol jurassien (assise identitaire, sédiments biographiques, dépôts cinéphiles, etc.) -, et comme soumis à d'étranges déformations: des plissements, des collisions, qui voient les films se disloquer en petits blocs narratifs, morceaux d'histoires butant les uns contre les autres ou, au contraire, creusant des entailles - combes, cluses et autres reculées - dans l'agencement du récit. Si les films de Stévenin ne se réduisent pas à leur seule géographie, force est de reconnaître le rôle primordial que celle-ci y joue. N'est-ce pas là d'ailleurs, dans ces paysages accidentés de forêts et de lacs, de plaines et de rivières, de plateaux et de canyons, que trouve son origine l'amour viscéral de Stévenin pour le western? On peut toujours convoquer Ford, Mann ou encore Hellman, c'est bien, en premier lieu, dans cette géographie primitive qu'il faut chercher les motifs westerniens de son œuvre.

Reste qu'on ne saurait pousser trop loin l'analogie entre le cinéma de Stévenin et le western. D'abord, on l'a dit, parce que ce serait limiter l'œuvre à sa dimension géographique, n'y voir qu'une inscription de l'homme dans son milieu naturel, si grandiose soit-il, jusqu'à célébrer l'espèce de communion qui peut exister entre les deux. Ensuite, parce que le territoire chez Stévenin n'a pas la même fonction que dans le western. L'espace y est moins à conquérir, à travers le thème de la frontière, qu'à redécouvrir, moins à défricher qu'à déchiffrer. Les personnages de Stévenin ne sont pas des pionniers. Pour eux, l'histoire n'est pas à écrire, elle est en marche depuis longtemps. A ce titre, ils font davantage figure d'héritiers. Mais de quoi ont-ils hérité? C'est la question que pose Stévenin dans ses films. Le désir d'enfance, si prégnant chez lui, se double d'un autre désir, indissociable: le désir d'en France. Dans Passe montagne, son premier film qui est aussi son plus autobiographique, l'aventure est tout autant celle de l'enfance que celle du pays (pour l'anecdote, on rappellera que Stévenin est né à Lons-le-Saunier, patrie à la fois de La vache qui rit, le célèbre fromage pour culottes courtes, et de Rouget de Lisle, l'auteur de La Marseillaise). Si le film a tout du voyage initiatique  - on part en brodequins à la recherche d'une mystérieuse combe perdue dans la montagne -, il prend surtout pour le réalisateur l'allure d'un retour aux origines. Moins les siennes d'ailleurs, simplement esquissées, que celles de sa région, espace déserté (par les femmes notamment), mais où persiste encore, non perverti par l'idéologie moderniste, tout ce qui fait la richesse de l'humain: l'authenticité des relations, même si elles se révèlent des plus frustes, le sens de la convivialité, même si elle se résume à boire des coups ou à se mitonner de bons petits plats, une certaine innocence aussi. Ce qui aurait pu n'être qu'un périple lourdement chargé sur le plan symbolique ou, à l'inverse, un document purement ethnographique sur la vie des bûcherons dans le Jura, devient chez Stévenin, par la grâce d'une mise en scène constamment inventive, faite de rencontres inattendues et de dérapages contrôlés, une incroyable plongée dans la France profonde. L'héritage est bien là. Car la France profonde, finalement, est en chacun de nous, plus ou moins enfouie, inscription un peu honteuse par son côté caricatural - on la raille volontiers chez l'autre -, et dont on ne prend bizarrement conscience que lorsqu'on s'éloigne du pays. "C'est en roulant pendant huit jours dans le Nevada, c'est en Amérique que je me suis senti français", répondait en 1981 Jean-François Stévenin à un questionnaire des Cahiers du cinéma sur le cinéma français. "C'est là, disait-il, que j'ai compris que j'étais presque franchouillard, alors qu'on m'appelle Steve, que j'ai toujours été avec des blue-jeans, des bottes, des ceinturons, que j'étais une sorte d'enfant d'Amérique mal né en France et qui heureusement, grâce au cinéma, avait retrouvé sa patrie américaine..." (Cahiers du cinéma n°325, juin 1981). Et c'est vrai que dans ses films l'aspect franchouillard ne se manifeste pleinement que si les personnages sortent de leur environnement quotidien. Pas besoin d'aller jusqu'en Amérique, mais à chaque fois la nécessité de s'extraire du cadre, par le biais d'une longue escapade, où le réalisme des figures (la France des villages, des beaufs, des autoroutes et des campings) côtoie des moments de pure poésie: la marche dans la forêt dans Passe montagne, le voyage de nuit en ambulance dans Double messieurs, l'apparition de Johnny Hallyday - véritable épiphanie - dans Mischka.

C'est tout le sens chez Stévenin de son double statut de cinéaste et de comédien. La France y est vue à la fois de l'extérieur - c'est le regard "américain" de Stévenin, filmant son pays comme un espace illimité, ouvert à tous les possibles - et de l'intérieur, tel un réservoir d'énergies, le plus souvent contradictoires, typiquement français, ce que synthétisent à merveille le corps de l'acteur et sa gestuelle (il n'est pas karatéka pour rien), compromis idéal entre, d'un côté, la douce compacité d'un Villeret ou d'un Roussillon, et de l'autre, l'agitation furieuse d'un Afonso, sorte de Bébel déjanté, toujours en surrégime. Cette dualité dans la manière de regarder la France, mélange de contemplation (ainsi le mont Aiguille dans Double messieurs) et de désordre joyeux, qui fait déborder les plans, permet au cinéaste d'échapper aux pièges qui guettent habituellement la comédie naturaliste (point de vue condescendant, portraits brossés à gros traits, etc.). En cela, il est plutôt proche des "poéthnologues" du cinéma français, de Rouch à Guiraudie, en passant par Rozier. Mais il s'en distingue aussi par le conformisme de ses goûts, j'entends de ses goûts non cinéphiles, communs à beaucoup de Français (Johnny Hallyday, présent dans Mischka, était déjà évoqué dans Double messieurs), ce qui finalement l'identifie à ses personnages. Les films de Stévenin apparaissent ainsi peuplés de drôles de zèbres, que l'auteur propulse sur les routes de France (la carte routière est un motif récurrent dans son œuvre) pour que s'exprime, au-delà du pittoresque (ruralité, excentricité, marginalité...) qui les accompagne et leur confère, par endroits, un petit côté célinien, le caractère universel de leurs aventures (les relations entre hommes dans Passe montagne, la rencontre avec la femme dans Double messieurs, la recomposition d'une famille dans Mischka). Une manière en définitive de faire voler en éclat, via les déflagrations du récit, toute une imagerie de la France profonde. C'est la grande force du cinéma de Stévenin. La France profonde n'y est pas que révélée, elle sert aussi de révélateur. Non seulement Stévenin nous invite à découvrir, par l'acuité de son regard, la France dans ce qu'elle a de plus profond, de plus profondément humain, à travers entre autres l'esprit hâbleur, râleur, gouailleur, qu'il y fait régner, mais il réussit également, par sa façon minutieuse d'assembler tous ces petits rouages qui assurent le bon fonctionnement du récit (il y a de l'horloger comtois chez lui), à recréer une France dans laquelle tout le monde peut, à un moment donné, se reconnaître. Car la France de Stévenin n'est pas que traversée en zigzag ou en diagonale, à l'instar du fou sur son échiquier, elle est surtout inventée, au sens où, selon Julien Green, c'est par l'invention (cf. le travail sur le son dans les films de Stévenin), et non par l'observation et le souvenir qui ne font que la nourrir, que l'œuvre s'apparente à la vie. Etant entendu aussi que les personnages, au départ très stéréotypés, finissent toujours par acquérir, au fil de leurs pérégrinations, une épaisseur romanesque. Mischka est sur ce point exemplaire. Les quatre "routards" du film se révèlent, au bout du compte, très différents de l'image qu'ils offraient initialement. Le vieux Mischka n'est pas si impotent que cela. Et derrière l'image convenue du pauvre invalide qu'on abandonne en plein été sur une aire d'autoroute (lieu privilégié pour les rencontres chez Stévenin), se dessine progressivement le portrait complexe d'un personnage bourru, xénophobe - il déteste les "Boches" -, et pourtant capable par sa seule présence de redonner du sens à la vie des autres, à commencer par celle de Gégène, l'infirmier alcoolique. Quant au personnage de Müller, qui est un peu le souffre-douleur de Mischka et de Gégène - rappelant ainsi le "Kuntch", le copain d'enfance qu'on ne voit jamais dans Double messieurs -, il est emblématique du cinéma de Stévenin. A lui seul, il cristallise la relation empathique qui lie le cinéaste à ses personnages. Il est le doux dingue du film, personnage en marge et néanmoins central puisque c'est par lui que se fait la rencontre avec Johnny Hallyday. La jonction entre ces deux extrêmes - l'idiot et l'idole - constitue le plus beau moment du film. On apprend de Müller qu'il y a plusieurs années, lorsqu'il était pompier, il avait été la première personne que Johnny avait vue en reprenant connaissance après un accident de la route. Depuis le chanteur lui rend visite chaque été. Cette fois encore, il est venu (en hélicoptère). On le voit même soigner la blessure que l'autre arbore au visage. Par ce geste, magnifique, c'est la France dans sa totalité qui se trouve embrassée. 

vendredi 20 janvier 2017

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Romance of radium de Jacques Tourneur (1937). [via kebekmac]

Tout Tourneur en 10 minutes. Génial.

jeudi 19 janvier 2017

Vanishing Twin


Cathy Lucas



POP EYE  # 12

Choose your own adventure, Vanishing Twin.

Cathy Lucas, c'est d'abord Fanfarlo, groupe dont je ne connais que le premier album Reservoir, une petite merveille, connu également pour le clip qui accompagne l'une des chansons, "The walls are coming down", dans lequel un prestidigitateur refait le célèbre numéro de Houdini, s'extrayant d'une camisole de force suspendu à un filin (on se croirait dans le Prestige de Christopher Nolan), album marqué par le goût de l'ornementation et des arabesques, qui mêlent cuivres, violons, guitares et autres mandolines, rappelant des groupes comme Beirut, Arcade Fire ou encore Broken Social Scene... Cathy Lucas, c'est aussi My Sad Captains, avec lequel elle collabora au début, puis Orlando, projet plus personnel, toujours en cours, avec Tom Furse (The Horrors) pour Earth moon earth and other round trips et Tomaga (Valentina Magaletti et Tom Relleen) pour Playtime. Music for video games (cf. Theme for a telepathic amphibian)... Enfin, last but not least, Cathy Lucas, jeune femme décidément très occupée, c'est deux supergroupes: Innerspace Orchestra, avec Tom Furse et la chanteuse Rose Elinor Dougall (The Pipettes, Mark Ronson & The Business), et donc Vanishing Twin, avec Valentina Magaletti, Elliott Arndt, le génial Phil M.F.U. (Man From Uranus), une sorte de professeur Nimbus de l'électro-rock, et Susumu Mukai (alias Zongamin). 
Vanishing Twin. Un nom lugubre (hommage à la "jumelle" manquante de Cathy Lucas, foetus résorbé pendant la grossesse - là on se croirait dans un film de Cronenberg) pour une musique qui n'a rien de lugubre, que les esprits chagrins, ceux qui pleurent toujours Trish Keenan, qualifieront de "sous-Broadcast", alors qu'elle s'en démarque par son côté plus surréaliste, presque vanvlietien, qu'elle doit en grande partie aux bidouillages sonores de Man From Uranus et sa "psychédélie moogstatique" (cf. entre autres "Vanishing twin syndrome" et "Truth is boring"), et quand bien même Broadcast ne serait jamais très loin, comme sur "Eggs", "The conservation of energy" ou "Choose your own adventure", de la même façon qu'on pense à Beach House à l'écoute de "Telescope" tant la voix de Cathy Lucas rappelle ici celle de Victoria Legrand... Mais c'est surtout au début des morceaux, car par la suite, et c'est ce qui fait l'originalité de Vanishing Twin, viennent se greffer, parfois dans une folle sarabande, non seulement les bruits hétéroclites de M.F.U., mais aussi toute une variété de styles: jazzy, ambient, krautrock et même classique ("Eggs" a des accents ravéliens), joués par une multitude d'instruments, allant jusqu'à incorporer un peu de musique africaine (peut-être parce que le label c'est Soundway records) avec le morceau-bonus, "It sends my heart into a spin"..., autant d'étrangetés qui font de cette aventure, suggérée par le titre de l'album, une expérience à la fois secrète et lumineuse... bref, magique.

dimanche 15 janvier 2017

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The other side of hope d'Aki Kaurismäki.

Extrait d'une conversation (à trois):

- Alors comme ça tu n'as pas aimé Neruda?
- Non, trop de bluff, trop de flafla...
- Avec Jackie tu vas être servi.
- Tu l'as vu?
- Pas encore, mais j'imagine que c'est pareil.
- Sauf que là il y a Natalie Portman.
- Ho, tu es fan de Natalie Portman?
- Pas spécialement, mais Jackie c'est un film d'actrice.
- Tu aimes les films d'actrices, toi?
- Pas spécialement non plus, mais dans le cinéma actuel, surtout américain, l'actrice c'est souvent ce qui sauve un film.
- Ah oui?
- Oui... Pour moi aujourd'hui, dans le cinéma d'Auteur, avec un grand A, celui qui est prisé par la critique, cinéma boursouflé et tape-à-l'œil, le seul truc qui permet d'avaler la pilule, c'est l'actrice, quand elle est là bien sûr...
- A la place de l'auteur? 
- Pas à la place, mais en face, le forçant du coup, par sa présence et son jeu, à la regarder, la regarder elle, et non plus se regarder lui, en train de filmer, avec tous les effets de manche que ça entraîne...
- Les grands auteurs ne sont pas tous narcissiques...
- Un peu quand même... Sinon on a affaire à de grands enfants. L'actrice est là alors pour leur faire oublier leurs jouets. 
- Ha ha ha...
- Et ça marche aussi avec les acteurs?
- Peut-être, mais c'est plus compliqué.

A venir: Cathy Lucas et Vanishing Twin, à propos de l'album Choose your own adventure, le dernier en date à tourner en boucle sur ma platine.

samedi 14 janvier 2017

De mes yeux vu




La Prunelle de mes yeux d'Axelle Ropert.

C'est une comédie revêche - tant mieux, c'est rare - à la fois grincheuse et grinçante, par moments plus grincheuse que grinçante, à d'autres c'est l'inverse, d'où l'impression d'y croiser pêle-mêle Mocky, Chabrol et Hawks... ce qui me fait penser à la blague, qui d'ailleurs n'en était pas une, de Moullet sur les cinéastes nés sous le signe du Cancer, comme justement Mocky, Chabrol et Hawks, dont les comédies sont volontiers grinçantes. Bon, Axelle Ropert n'est pas Cancer, elle est Verseau, comme Truffaut et Lubitsch, mais aussi Ida Lupino, qui a composé l'un des plus beaux personnages d'aveugles au cinéma, sinon le plus beau, je veux parler de Mary Malden dans la Maison dans l'ombre de Nicholas Ray... Qui dit aveugle dit mélo, sauf qu'ici ce n'est pas le cas, le mélo c'est bon pour les Taureau (Borzage, Ophuls, Sirk, Mizoguchi, Vecchiali...). Qui dit aveugle dit surtout musique, et là ça marche, ça file même, entre pop (belle partition - cf. la bande-annonce - de Benjamin Esdraffo, très prolifique cette année, après Love & friendship et avant Belle dormant) et rebétiko (késako? - une musique populaire grecque, pas la plus gaie des musiques), entre Beethoven ("Lettre à Elise") et The Gist (Love at the first sight, un tube new wave de Stuart Moxham, l'ex-leader des Young Marble Giants, que reprit Etienne Daho sous le titre "Paris Le Flore", cf. le clip, on y porte aussi des lunettes noires, ha ha)... car la comédie romantique, ça doit filer, à pleine vitesse quand c'est plat, terrain propice aux punchlines, mais aussi pouvoir ralentir, quand ça grimpe au niveau des sentiments, quitte à être abrupt, parfois même discordant ("si bémol!"), ce qui fait que ça grimace, à l'instar d'Elise, la jeune femme aveugle qui accorde les pianos (Mélanie Bernier), et de Théo, le joueur - très mauvais - de bouzouki, faux aveugle et dont on se demande s'il est vraiment grec (Bastien Bouillon a la bouille d'Yves Rénier jeune!), ça rouspète aussi, comme on le ferait après s'être cogné contre un obstacle qu'on n'aurait pas vu, comme l'a fait une bonne partie de la critique sous prétexte qu'un film qui tord le cou aux conventions, vous prend à rebrousse-poil et court ainsi le risque de vous rendre d'aussi mauvaise humeur que ses personnages, est un film raté. Bah non, puisque c'était le but: pas de faire un film raté, mais un film qui fait grincer les dents (les ratiches dirait Théo). Ce qui fait que c'est après, à l'image des deux héros, s'avouant enfin leur amour, que nous aussi, une fois le film projeté, voire passé quelques jours, le temps d'y repenser, de repenser aux scènes les plus importantes, qui sont aussi les plus réussies, oubliant ce qui ne fonctionne pas, on se dit que finalement on l'aime bien cette comédie pas aimable d'Axelle Ropert.

vendredi 13 janvier 2017

Fosbury

Les anarchistes professent en s’appuyant sur l’observation, que l’Etat et tout ce qui s’y rattache n’est pas une pure entité ou bien quelque formule philosophique, mais un ensemble d’individus placés dans un milieu spécial et en subissant l’influence. Ceux-ci élevés en dignité, en pouvoir, en traitement au-dessus de leurs concitoyens, sont par cela même forcés, pour ainsi dire, de se croire supérieurs aux gens du commun, et cependant les tentations de toute sorte qui les assiègent les font choir presque fatalement au-dessous du niveau général.
C’est là ce que nous répétons sans cesse à nos frères, - parfois des frères ennemis - les socialistes d’Etat: "Prenez garde à vos chefs et mandataires! Comme vous, certainement, ils sont animés des plus pures intentions; ils veulent ardemment la suppression de la propriété privée et de l’Etat tyrannique; mais les relations, les conditions nouvelles les modifient peu à peu; leur morale change avec leurs intérêts, et, se croyant toujours fidèles à la cause de leurs mandants, ils deviennent forcément infidèles. Eux aussi, détenteurs du pouvoir, devront se servir des instruments du pouvoir: armée, moralistes, magistrats, policiers et mouchards." [...]
Ainsi les anarchistes ont à cet égard les principes les plus arrêtés: d’après eux, la conquête du pouvoir ne peut servir qu’à en prolonger la durée avec celle de l’esclavage correspondant. Ce n’est donc pas sans raison que le nom d’"anarchistes" qui, après tout, n’a qu’une signification négative, reste celui par lequel nous sommes universellement désignés. On pourrait nous dire "libertaires", ainsi que plusieurs d’entre nous se qualifient volontiers, ou bien "harmonistes" à cause de l’accord libre des vouloirs qui, d’après nous, constituera la société future; mais ces appellations ne nous différencient pas assez des socialistes. C’est bien la lutte contre tout pouvoir officiel qui nous distingue essentiellement; chaque individualité nous paraît être le centre de l’univers, et chacune a les mêmes droits à son développement intégral, sans intervention d’un pouvoir qui la dirige, la morigène ou la châtie. (Elisée Reclus, L’anarchie, 1894)



Tout ça pour dire que je rêve d'un film "anarchiste", au sens reclusien du mot, qui ferait fi des règles établies, non pas quant à l'écriture d'un film (le modernisme n'a rien de révolutionnaire, bien au contraire), mais quant à son financement, cette espèce de quémandage auquel on doit se soumettre, auprès de ceux qui ont le pouvoir (CNCtélévision, régions, etc.), pour qu'un film voit le jour. Je rêve d'un film capable de s'épanouir librement, totalement, sans (trop de) contraintes, en interaction avec son milieu, celui d'une petite équipe, s'affairant harmonieusement autour d'un projet commun. Et la révolution là-dedans? Bah non, sauf à considérer comme révolutionnaire le projet lui-même: l'histoire d'un type qui, à l'instar de Fosbury, qui lui a vraiment révolutionné son sport, franchirait les obstacles (ceux de l'amour en l'occurrence, on ne se refait pas) en leur tournant le dos.

Voilà c'est dit... on peut passer à autre chose.

A venir: la Prunelle de mes yeux d'Axelle Ropert.

mardi 10 janvier 2017

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Quelques mots sur Diamond island de Davy Chou et le Parc de Damien Manivel, deux beaux films qui vont très bien ensemble (comme dirait Paul McCartney):



Forwards.

Diamond island ou comment se projeter hors du temps, dans un autre temps, quand tout ce qu'on a laissé derrière soi - une mère, une maison, un village - va tôt ou tard disparaître et que devant soi, par-delà les chantiers de la ville où l'on est venu travailler, tout paraît chimérique, virtuel, ouvrant des horizons inaccessibles, malgré les promesses, celles d'un grand frère et son projet-mystère... Comment aller de l'avant, sinon en réenchantant les lieux: traverser la nuit, à moto, attiré par les néons de cet improbable Vegas qu'est l'île aux diamants, avec son i-Phone pour séduire les filles, et l'espoir d'un premier baiser; chaque nuit comme un nouveau coup de cœur, comme le Coup de cœur de Coppola auquel le film de Davy Chou fait écho par son parti pris esthétique, à la limite du kitsch, toutes ces lumières scintillantes, ces couleurs flashy, qui fascinent le jeune Bora, alter ego du cinéaste, lui-même fasciné par ce qui lui rappelle sans doute, sur un mode à la fois criard et féerique, le cinéma d'Hollywood, celui des studios, machine à rêves à laquelle on rêve, les yeux mi-clos.

Backwards.

Le Parc (attention spoilers!) ou comment remonter le temps, avant la rencontre amoureuse, rencontre engagée sous les meilleurs auspices, un teen movie "poétevin", dans un parc un bel après-midi d’été, avec cette maladresse si touchante, dans les gestes et les mots, qui est propre à l'adolescenceet pourtant, une fois le soir venu, rencontre déjà suspendue et même enterrée, à coups de SMS, dans la lueur du crépuscule, le sentiment de présent atteignant ici son apogée... Comment revenir en arrière, sinon en réenchantant l’histoire: traverser la nuit, en somnambule, comme sous l’emprise de quelques maléfices, comme dans Vaudou, le film de Jacques Tourneur que Manivel réinvente, "à reculons", où l’on croiserait le grand zombi noir, mais cette fois bien vivant, en gardien du parc - c’est lui qui éclaire le sentier, c’est lui qui ramasse le smartphone que la jeune fille a laissé tomber (à l’instar du mouchoir blanc abandonné dans Vaudou), c’est lui qui se lance dans un rituel de possession et c’est lui qui, à la fin, porte la jeune fille dans ses bras pour la transporter ailleurs, en barque, non pas vers l'île des morts mais jusqu’au petit matin où elle pourra se réveiller, guérie.

samedi 7 janvier 2017

2017




The railrodder (1965) de Gerald Potterton et Buster Keaton.

Après les Tops 2016, quelques Hopes 2017: (par ordre alphabétique)

Belle dormant d’Ado Arrietta - Certain Women de Kelly Reichardt - Lost city of Z de James Gray - Madame Hyde de Serge Bozon - 11 minutes de Jerzy Skolimowski - The other side of hope d’Aki Kaurismäki - Que le diable nous emporte de Jean-Claude Brisseau - Split de M. Night Shyamalan - Yourself and yours de Hong Sang-soo...

Sinon premier film de l'année que j'ai vu: Neruda de Pablo Larraín. Bon, ce n'est pas bon du tout. Je ne dirai pas, faut pas exagérer, que c'est à moitié abruti à moitié con, comme il est dit du personnage de Peluchonneau (l'inspecteur qui traque Neruda), mais plutôt à moitié prétentieux à moitié pompeux. S'il est question dans ce film - version latino et ampoulée de Arrête-moi si tu peux avec Heat et Public enemies en point de mire - de savoir qui de Neruda ou de Peluchonneau est le personnage principal, pour Larraín, ça ne fait aucun doute, le personnage principal c'est lui, égal en génie des autres Pablo du film (Neruda, Picasso), tant il se regarde filmer, nous en fout plein la vue, multipliant les effetsles mouvements de caméra (une caméra tournoyante, à la Ruiz), dans des couleurs désaturées, vintage à souhait, le tout découpé dans tous les sens et tartiné, jusqu'à l'écœurement, de grande musique, celle entre autres de Penderecki et de Grieg, réussissant pour le coup l'exploit de rendre ses deux protagonistes aussi excitants qu'une paire de snow boots dans un sac à patates. Bref, tout ça est d'une suffisance crasse, la modestie n'est vraiment pas ce qui étouffe La Reine (je pense à ce moment du film où le président du sénat chilien converse avec Neruda et lui conseille d'être plus modeste, on ne saurait mieux dire au réalisateur), et si Jackie est du même tonneau, eh bien... autant revoir le film de Sattouf.

Heureusement j'ai vu aussi Diamond island de Davy Chou et le Parc de Damien Manivel. Note à suivre.

samedi 31 décembre 2016

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Voilà, 2016 c'est fini, encore une belle année de passée...

vendredi 30 décembre 2016

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Mon Top films 2016.

Un 5 majeur:

- Julieta de Pedro Almodóvar
- Love & friendship de Whit Stillman
Deux Rémi, deux de Pierre Léon
Right now, wrong then de Hong Sang-soo
Paterson de Jim Jarmusch

Green, green grass of home (1982) et les Garçons de Fengkuei (1983) de Hou Hsiao-hsien

Puis: Sully de Clint Eastwood Mistress America de Noah Baumbach - Brooklyn village d'Ira Sachs Visite ou Mémoires et confessions (1982) de Manoel de Oliveira - la Mort de Louis XIV d'Albert Serra - Rester vertical d'Alain Guiraudie - la Loi de la jungle d'Antonin Peretjatko - Everybody wants some!! de Richard Linklater - Suite armoricaine de Pascale Breton - In Jackson Heights de Frederick Wiseman...

A part: Quand une femme monte l'escalier de Mikio Naruse (1960), le plus beau film de l'année, mais déjà vu en 2008.

Pas vus: Homeland: Irak année zéro d'Abbas Fahdel - No home movie de Chantal Akerman - Kaili blues de Gan Bi John From de João Nicolau - Miss Peregrine... de Tim Burton - Moi, Daniel Blake de Ken Loach - Ta'ang de Wang Bing - Arrival de Denis Villeneuve - Baccalauréat de Cristian Mungiu - Fais de beaux rêves de Marco Bellocchio...

Sinon une flopée de flops: les 8 salopards de Quentin Tarantino - Mad love in New York de Ben et Josh Safdie - The revenant d'Alejandro González Iñárritu - Midnight special de Jeff Nichols - Ma Loute de Bruno Dumont - The neon demon de Nicolas Winding Refn - Nocturama de Bertrand Bonello - Juste la fin du monde de Xavier Dolan - The handmaiden de Park Chan-wook - Personal shopper d'Olivier Assayas... et tous les films (notamment français) que j'ai déjà oubliés.