mercredi 28 septembre 2016

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L'Ornithologue, le dernier film de João Pedro Rodrigues, ne sort que dans deux mois. J'espère que d'ici là on aura eu quelque chose à se mettre sous la dent... parce que pour l'instant, hormis le Guiraudie, pas mal, même si un poil trop "vertical" (je me comprends), et peut-être le Mendonça Filho (pas encore vu), la rentrée cinéma, ouh là là... entre le soi-disant désopilant Toni Erdmann, pas désagréable mais très roublard, à l'image du brunch "tout nu" entre collègues et de la grosse peluche bulgare (ça fait toujours craquer, une peluche), le soi-disant hilarant Victoria, pas infâme mais plus informe que réellement foutraque, pâle copie de comédie hollywoodienne (Hawks et Edwards? non, non et non!), à l'image du singe photographe, entre le Bonello, pas détestable mais trop stylé, comme d'habitude, à l'image de la nuit-concept, très fashion, dans le grand magasin, et le Dolan, pas méprisable non plus mais trop pro domo, comme d'habitude, à l'image du héros, dolanissime, le fils prodige, génie incompris des siens et des autres (chez Lagarce ce n'est pas exactement ça)... bref, on n'est pas gâté.

PS. Sur Rodrigues, lire dans Trafic les beaux textes de Marcos Uzal, Catherine Ermakoff et Philippe Fauvel, ex triplette de Vertigo (ha ha ha...).

lundi 5 septembre 2016

Robert Wyatt




Superbest of Robert Wyatt, singles et albums solo: (par ordre alphabétique)

- The age of selfOld rottenhat, 1985
A last straw, Rock bottom, 1974
- Alien, Shleep, 1997
- Alifib / Alife, Rock bottom, 1974 (+ la version acoustique piano-voix de "Alifib")
- Alliance, Old rottenhat, 1985
At last I am free (Chic cover), Nothing can stop us, 1981
- Catholic architecture, Dondestan, 1991
- CP jeebies, Dondestan, 1991
- The duchess, Shleep, 1997
- 5 black notes and 1 white note, Ruth is stranger than Richard, 1975
- Free will and testament, Shleep, 1997
- Heaps of sheeps, Shleep, 1997
- I'm a believer (The Monkees cover), single, 1974
- Insensatez (João Gilberto cover), Cuckooland, 2003
- Just a bit, Cuckooland, 2003
- Kutcha, A short break, EP, 1992
- Life is sheep, Cuckooland, 2003
- Little Red Riding Hood hit the road, Rock bottom, 1974
- Little Red Robin Hood hit the road, Rock bottom, 1974
- Maryan, Shleep, 1997
- Mister E (avec Karen Mantler), Cuckooland, 2003
- N.I.O., (New information order), Dondestan, 1991
- On the town square, Comicopera, 2007
- P.L.A., Old rottenhat, 1985
- Sea song, Rock bottom, 1974
- Shipbuilding (avec Elvis Costello) + Memories of you (Louis Armstrong cover), single, 1982
- The sight of the windDondestan, 1991
- Solar flaresRuth is stranger than Richard, 1975
- Strange fruit (Billie Holiday cover), Nothing can stop us, 1981
- Unmasked, A short break, EP, 1992
- The U.S. of amnesiaOld rottenhat, 1985
- Was a friend, Shleep, 1997
- Worship, Dondestan, 1991

Bonus 1: The end of the ear (premier album solo, 1970) + O Caroline (Matching Mole, 1972).

Bonus 2: The Peel sessions, EP, 1987 ("Soup song", "Alifib", "I'm a believer", "Sea song", programme diffusé à la BBC le 26 septembre 1974).

Bonus 3: la BO de The animals film (1982).

Bonus 4: Robert Wyatt: le chant d'un funambule, série d'émissions diffusée sur France Culture du 2 au 6 mars 1992 (1, 2, 3, 45).

Bonus 5: Bertrand Burgalat & Robert Wyatt, This summer night, 2007.

samedi 27 août 2016

L'homme aux loups

Rester vertical d'Alain Guiraudie.

Bien sûr il y a du mythe dans ce film, celui du loup, l’autre cruel ("Ici le loup tue") à défaut d’être méchant, opposé au bébé, l’autre de la jouissance, il y a aussi du conte, avec ce que cela suppose de peurs et de fantasmes, il y a même de la fable, et sa dimension sociale, le loup et l’agneau ou la raison du plus fort..., il y a surtout beaucoup de symbolique. Traversant la France en diagonale, comme dans un film de Stévenin, du causse lozérois au Finistère, et son côté bout du monde (à petite échelle), en passant par le marais poitevin, mais sans but précis, sinon de revenir à son point de départ (soit une forme d’errance, entre la fuite du Roi de l’évasion et le surplace de l’Inconnu du lac), Rester vertical, et son titre programmatique, récapitule tout en en déclinant de nouvelles, les principales obsessions et autres questions existentielles qui depuis le début jalonnent l’œuvre de Guiraudie. Des questions toujours centrées autour d'un même thème, celui du désir, sauf que là, à grands coups de signifiants, qui privilégient le réel au sens (cf. la scène d’accouchement), le film rabote (on passe directement du désir de bébé à la naissance, neuf mois plus tard, annoncée, neuf mois plus tôt, par les gros plans, genre L’origine du monde, du sexe de la femme que Guiraudie délaisse par la suite, ce n'est pas son propos) plus qu’il ne radote, allant à l’essentiel, sans s’embarrasser de fioritures, c’est le moins qu’on puisse dire, pas toujours évident, en termes de réception (le suicide du vieux, enculé en douceur pendant qu’il s’éteint, c’est quand même too much), mais pas incohérent, si on se place du côté de la fiction (chez Guiraudie, la sodomie n’a évidemment pas de connotation asociale, sadienne ou que sais-je, c’est simplement un acte d’amour, et à ce titre tout le monde, enfin les mecs, peut y passer, les vieux, même ceux qui écoutent du Pink Floyd - en fait c'est Wooden Shjips et Wall of Death qu'on entend -, les gros, les moches, avec parfois des limites, faut pas non plus exagérer, quand il s'agit du grand-père de son propre bébé).

Comment conjuguer désir (homo: sexuel et parental), peur (symbolisée par le loup) et rencontre (debout) avec l'autre? C'est tout l'enjeu du film. Et à ce niveau Guiraudie fait montre dans la conduite de son récit, tout en ellipses, d'une maîtrise impressionnante. Non sans scories, c'est le prix à payer, mais d'une réelle force, immanente, concrète, qui mêle, sur fond de ruralité et de solitude, le doux et le sec, le tendre et le brut, pris dans les rets du quotidien. Guiraudie n'a jamais été aussi loin. De même qu'il n'a jamais été aussi loin dans sa façon de filmer la nuit, qui ne soit pas américaine, une vraie nuit (superbes séquences dont celle qui voit le beau-père du héros utiliser le bébé comme appât pour attirer le loup), parce que c'est de cela qu'il s'agit, non pas de réalisme, mais de vérité, et que la vérité ça passe aussi et surtout par la fiction. Au détour du film, Léo (Damien Bonnard qui ressemble, ce n'est pas un hasard, à Guiraudie plus jeune), cinéaste qui n'arrive pas à écrire son scénario, faute de temps et d'inspiration, un scénario qu'il doit remettre au plus vite à son producteur, fait étape dans la cabane d'une thérapeute new age qui le sonde à l'aide d'électrodes végétales. C'est manifestement bidon. Et quelque chose me dit que, à travers cet épisode, Guiraudie fait lui aussi le choix de la fiction, de celle qui exclut le sens (ou du moins n'en fait pas sa quête), à la manière d'une analyse, se colletant avec le réel, contre la narration bien construite, nourrie de bons mots, offerts à l'interprétation, mais à côté de la plaque... Chez Guiraudie, c'est heurté, parfois heurtant, mais ça sonne vrai. Via le récit, les paysages traversés, les personnages, aux tronches ici assez dumontiennes (le beau-père surtout, une gueule de première ligne de rugby, on dirait Ron Perlman en pire). A ce sujet, il serait intéressant de comparer le cinéma de Guiraudie et celui de Dumont, ma préférence allant, c'est entendu, au premier, plus généreux, plus sincère, plus émouvant, qui fait que chez lui la rudesse de certaines scènes, leur crudité, passe mieux finalement que la morgue ricanante d'un Dumont. Fin de la parenthèse.

Donc l'analyse. Freud bien sûr (Sigmund, auquel on pourra toujours associer, picturalement, dans le traitement des corps masculins, son petit-fils Lucian). Mais Freud à travers ce dans quoi l'analyse, et ses délires d'interprétation, ses écueils liés à la question du transfert, peut elle aussi tomber. Ainsi du célèbre cas de "l'Homme aux loups", Freud ayant à son sujet multiplié les erreurs, dans son désir d'avoir raison, jusqu'à déclencher la paranoïa du patient. Rien à voir avec le film, bien sûr. Seulement l'idée que dans Rester vertical on devine à travers tout ce matériau, fait de trous, d'ombres et de fulgurances (comme autant d'inventions lumineuses), à la réalité par moments incertaine, quasi onirique (cf. la scène où le héros est attaqué par des SDF et se retrouve à poil), que, pour sa construction, la fiction utilise des éléments dont la part de symbolique, fondement du récit, vient dialectiser l'opposition, par trop binaire, entre réel et imaginaire, permettant ainsi de les faire cohabiter et justifier, par exemple, la scène déjà citée du bébé-appât qui, en tant que bébé, évoque aussi bien l'agneau sacrifié que Romulus et Rémus, l'important n'étant pas de donner du sens à la scène, mais d'en faire émerger, poétiquement, toute la puissance de réel. Ce qui me fait penser à la théorie des fictions, chère à Bentham et qu'appréciait tant Lacan parce que chez Bentham la fiction, loin de représenter quelque chose d'illusoire ou de trompeur, renvoie précisément à ce que Lacan soutient lorsqu'il énonce que la vérité a structure de fiction. Bon là, je m'avance peut-être un peu trop. Il n'empêche. "Rester vertical", ce n'est pas que surmonter sa peur quand on est face au loup, ce n'est pas non plus que bander, c'est aussi ériger l'ensemble narratif, invisible mais solide, à partir duquel une fiction, une vraie, pas un scénario surécrit, va pouvoir se déployer. Pleinement.

dimanche 21 août 2016

La belle pop


John Cunningham



POP EYE  # 09

Fell, John Cunningham.

A l'instar de Peter Walsh et The Apartments, réapparus l'an dernier, grâce à Microcultures et le système du crowdfunding, avec le merveilleux No song, no spell, no madrigalJohn Cunningham, songwriter de génie et pourtant méconnu, auteur de deux des plus grands albums pop des années 1990-2000, Homeless house et Happy-go-unlucky, et dont on était sans nouvelles depuis, hormis quelques participations ici et là (notamment pour Mehdi Zannad, aka Fugu, dont il a mixé la première version de Fugu 1)... revient lui aussi, quatorze ans après, toujours grâce à Microcultures et le financement participatif (moins de 7000 euros auront suffi), avec un nouvel album, Fell, son sixième, un vrai bijou, d'inspiration "lakiste", ballades lyriques et autres mini-symphonies pour évoquer les paysages, magiques, du Lake District, dix perles finement ciselées, de la pure pop, la plus british, les Beatles of course ("Let go of those dreams", "Something about the rain"), mais pas que... illuminée aussi de sunshine pop, brianwilsonienne ("Flowers will grow on this stony ground") et de quelques touches floydesques, celles par exemple de Richard Wright sur "Time", parce que John Cunningham c'est ça, une sorte d'osmose McCartney-Wilson (cf. le magnifique "Frozen in time"), les "Beachles", traversée de jolis ponts jazzy ("I can fly"), folky (la fin de "For the love of money", "While they talk of life") et de rock prog à petites doses ("We get so we don't know", eno-reichien, pinkfloydien, voire genesistique dans sa dernière partie, si si, le Genesis du début, le bon, celui des comptines). Bref "cunninghamien" et c'est parfait.

Let go of those dreams - Often a ghost - We get so we don't know - Something about the rain - I can fly - For the love of money - Frozen in time - What have you done? - While they talk of life - Flowers will grow on this stony ground.

vendredi 8 juillet 2016

Bye




Voilà, le blog s'arrête... mais vous pouvez continuer d'écrire si le cœur vous en dit...

mardi 5 juillet 2016

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  Abbas Kiarostami, photographies.

Walter Benjamin avait appelé cela "l'aura": "l'unique apparition d'un lointain aussi proche soit-il", ou bien ce qui fait "lever le regard". Il pensait cependant que la photographie détruisait "l'aura". Par sa reproductibilité infinie contre "l'unicité" nécessaire à la manifestation de l'aura. Mais surtout parce que la photographie rapproche toutes choses dans la proximité, les met à disposition, les livre au regard, au lieu de "faire lever le regard". La photographie empêche la contemplation en réduisant tout objet à la finitude de sa singularité quelconque, et par son effet mortifère, elle le transforme non pas en sa propre possibilité non encore-advenue mais en sa propre trace comme être-passé. Ce que Barthes appelait "le ponctum" [sic], l'avoir-été-là singulier, portrait de défunt, avec sa tonalité de deuil et de mélancolie ne peut pas devenir objet de contemplation. La photographie éternise une perte définitive, non pas un venir à la présence (c'est ce qui différencie l'instant-éternité des tableaux de Vermeer et la photographie). Ainsi - à moins d'une "beauté" intrinsèque du motif, comme on peut en être également saisi dans la vie, souvent avec des réminiscences esthétiques au sens platonicien - peu de chose, en photographie, dans son avoir-été-là singulier, peut s'offrir à la contemplation. Le paysage de Kiarostami fait partie de ces exceptions. (Youssef Ishaghpour, Le réel, face et pile. Le cinéma d'Abbas Kiarostami, 2000)

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"Pense à moi", France Gall, 1963.

Bon, l'Euro ça devait pas se passer comme ça. Après sa victoire contre l'Irlande en 1/8e, la France aurait dû affronter (et battre) l'Angleterre en 1/4, puis affronter (et battre) l'Italie en 1/2, puis affronter (et battre) le Pays de Galles en finale. Autant dire que du côté des Bleus la dernière phase de l'Euro aurait dû ressembler au Tournoi des six nations (sans l'Ecosse). Las, c'était oublier l'Islande pour qui l'Angleterre c'est un peu le Brésil, enfin le Brésil d'avant 2014, expliquant que, transcendée (huh!) à l'idée de la rencontrer, elle ait réussi à la battre... c'était aussi oublier l'Allemagne pour qui rater des tirs au but n'est jamais irrémédiable, surtout face à l'Italie, pas très douée dans l'exercice (sauf en 2006 hélas), à l'image de Zaza, le tagada tagada (tsoin-tsoin) du penalty... Cela dit, il reste encore la possibilité d'un beau France-Galles (même si la logique voudrait que ce soit l'Allemagne et le Portugal qui s'affrontent en finale, deux pays qui sont nuls au rugby).

dimanche 3 juillet 2016

Procol Harum


B.J. Wilson, Matthew Fisher, Gary Brooker,
Keith Reid et Robin Trower (de g. à d.)



Best of Procol Harum: (par ordre alphabétique)

- About to die, Home, 1970
- A rum tale, Grand hotel, 1973
- A salty dog, A salty dog, 1969
- As strong as Samson, Exotic birds and fruit, 1974
- A whiter shade of pale, 1967
- Cerdes (Outside the gates of), Procol Harum, 1967
- Conquistador, Procol Harum, 1967 (à comparer avec la version live de In concert with The Edmonton Symphony Orchestra, 1972)
- Crucifiction lane, A salty dog, 1969
- Fires (Which burnt brightly), Grand hotel, 1973
- Grand hotel, Grand hotel, 1973
- Homburg, 1967
- Nothing that I didn't know, Home, 1970
- Pandora's box, Procol's ninth, 1975
- Pilgrim's progress, A salty dog, 1969
- Repent WalpurgisProcol Harum, 1967
- Shine on brightly, Shine on brightly, 1968
- Simple sister, Broken barricades, 1971
- Song for a dreamer, Broken barricades, 1971
- Strangers in space, Something magic, 1977
- Too much between us, A salty dog, 1969
- Toujours l'amour, Grand hotel, 1973
- Wreck of the Hesperus, A salty dog, 1969

Le saviez-vous? Gary Brooker a aussi été, dans le passé, un grand mordu de pêche à la mouche (dans l'Oregon notamment où l'on trouve des truites géantes), aussi passionné que Tom Skerritt dans Et au milieu coule une rivière de Robert Redford, et plus doué que Rock Hudson dans le Sport favori de l'homme d'Howard Hawks. Pêcher à la mouche, c'est joli comme expression, mais l'activité elle-même, bof...

Sinon, d'un sport à l'autre: le fait que Murray (nouveau favori de Wimbledon - malgré Federer - depuis que Djokovic s'est fait démolir par Querrey) joue avec une raquette Head a-t-il un rapport avec Murray Head, l'auteur de Say it ain't so Joe, en référence à Joe Jackson, non pas le chanteur jazzy des années 80, auteur de Steppin' out et de You can't get what you want, mais le joueur américain de baseball, banni des ligues professionnelles en 1919 pour corruption (le fameux scandale des Black Sox), Say it ain't so, le titre de l'album, qui date de 1975, faisant aussi écho à l'affaire du Watergate et plus généralement au mensonge en politique, ce qu'on pourrait appliquer aujourd'hui à la question du Brexit, vu comment les responsables britanniques l'ont instrumentalisée, de Cameron à Johnson, en passant par Farage (il faudrait relire L'art du mensonge politique - Le mentir vrai écrit par Arbuthnot mais attribué à Swift, un mensonge peut-être)... Donc Murray et Head, il y a un rapport avec Murray Head? Question pertinente, aussi pertinente que de savoir ce que veut dire "Procol Harum". Du latin de cuisine (procul + harum = loin de + ces choses) à partir du nom (Procul Harun) du chat (de race burmese) d'un ami du producteur du groupe, lequel producteur s'appelait Stevens (Guy, pas Cat, hahaha)...

PS. Entre la main de Jérôme "Air" Boateng, qui a offert un penalty et le but égalisateur aux Italiens, et la séance des tirs au but (six ratés sur les dix premiers, la palme à Zaza, entré à la fin du match spécialement pour ça et qui nous a fait ce qu'on appellera dorénavant une "Zaza", une course d'élan parkinsonnienne suivie d'un coup de pied dans les nuages), on a bien rigolé hier soir lors d'Allemagne-Italie.

vendredi 1 juillet 2016

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Procol Harum en 1967 (de g. à d.: Robin Trower, Gary Brooker, B.J. Wilson, Matthew Fisher et David Knights) c'est bien sûr AWSOP, mais aussi Homburg (la version single), ConquistadorCerdes (Outside the gates of), Repent Walpurgis... et quelques raretés que j'aime beaucoup comme "Il tuo diamante" (la version italienne de "Shine on brightly"), "Understandably blue" ou encore la première version (backing track) de "Pandora's box".

mercredi 29 juin 2016

L'Anglaise et le duck (3)

Des rires et de la vitesse.

Ainsi donc, selon Chesterton, et en extrapolant un peu, Lady Susan serait à la fois une œuvre mineure de Jane Austen, un brin ennuyeuse (en comparaison de Love & freindship, autre œuvre de jeunesse), et, puisque le texte a été écrit vers 1793-1794 et que Austen ne saurait être si détachée que ça de la tourmente révolutionnaire, le portrait d'une femme qui, dans le milieu très fermé de la gentry anglaise, ferait sa propre révolution, à la campagne, non pour faire tomber des têtes ou mettre fin aux privilèges (faut pas exagérer, on est en Angleterre), mais, plus égoïstement, retrouver les siens, de privilèges, en se jouant de tous ces riches nobliaux (à commencer par le plus sot), sous le regard bienveillant, autant que malicieux, de sa meilleure amie Alicia (alias Jane Austen? qui entre les mains de Whit Stillman devient américaine, autant dire Stillman lui-même, via Chloë Sevigny qui d'ailleurs vécut dans le Connecticut, comme Alicia - ça va, vous suivez?).
Et pour retrouver la fraîcheur et la vivacité contestataire de Love & freindship (que Jane Austen écrivit, je le rappelle, à l'âge de 15 ans), non seulement lui emprunter son titre, mais surtout adjoindre à Lady Susan, devenu Love & friendship, des rires et de la vitesse, qui voit les scènes se succéder sans temps mort, parfois abruptement, comme si des pages du script avaient été arrachées. Soit la recette de la screwball comedy, dans laquelle l'idiot a évidemment toute sa place, pour mieux faire passer, outre une certaine préciosité inhérente à ce genre de film froufroutant, la profusion des dialogues, le péché mignon de Stillman, son côté sturgessien (Preston) - le film n'est d'ailleurs pas sans évoquer The lady Eve.
Le rythme, c'est un des grands atouts du cinéma de Stillman. Et qui ne repose pas que sur la musique (comme ici la musique baroque, dirigée par Mark Suozzo, et le joli morceau d'ouverture de Benjamin Esdraffo), ni quelques pas de danse (là, le chesnut, typiquement austénien), mais aussi, et surtout, sur la parole (cf. par exemple la lecture des lettres, avec ou sans ponctuation, ou encore le phrasé de Sir James Martin), ainsi que le rappelait Chris Eigeman dans Barcelona, expliquant que chaque conversation a son propre rythme, que ce qu'on y raconte est pris dans une sorte d'élan, qui vous pousse parfois à dire des choses que vous ne devriez pas. La parole et son corollaire, les accents, là aussi toujours très travaillés chez Stillman, et peut-être jamais autant que dans ce film. Cf. la belle diction, so british, de la non moins belle Kate Beckinsale, entourée d'acteurs aux accents distingués et qui se distinguent, subtilement, les uns des autres - à certains moments, on croirait écouter une pièce radiophonique de la BBC -, ce qui confère au film une saveur d'autant plus exquise que les voix se trouvent comme colorées par les jeux de lumière que Stillman y ajoute.
Dans Metropolitan, Tom, le socialiste, objectait à Audrey, qui lui confiait que Mansfield Park était un de ses livres préférés, que les romans de Jane Austen (qu'il n'avait jamais lus) étaient très mauvais sous prétexte - orgueil et préjugés - que ce qui y était écrit était ridicule pour le lecteur d'aujourd'hui. Objection absurde et contredite par les faits - il en fera l'expérience. Les romans de Jane Austen, sous leurs dehors forcément datés, énoncent des vérités qui, elles, au contraire, sont hors du temps, hors des modes, hors des révolutions, donc forcément d'actualité. C'est comme ça et c'est tout, dirait Chesterton. C'est ce à quoi s'attache à nous montrer Whit Stillman. Avec cette douce ironie, elle-même austénienne, qui sied à son écriture.

lundi 27 juin 2016

L'Anglaise et le duck (2)




Donc, pourquoi Lady Susan? Et, pourquoi choisir comme titre celui d'un autre roman de Jane Austen, Love & friendship, roman réputé meilleur, car plus enjoué, plus léger, plus moderne aussi, bien que plus précoce, peut-être parce que justement plus enjoué et plus précoce, presque enfantin? Pour donner à Lady Susan, œuvre par trop sérieuse et plutôt sombre, ce qui fait le sel de Love & friendship?... Oui mais alors, pourquoi ne pas adapter directement Love & friendship? Peut-être parce que dans Lady Susan se trouve néanmoins, sous sa forme la plus brute, l'essentiel du cinéma de Stillman: où l'on parle des choses de l'amour et du mariage, de la position des femmes et des hommes dans la société, de l'éducation des jeunes filles et de leur entrée dans le monde... Où les femmes font preuve, quel que soit leur degré de moralité, d'une finesse d'esprit qui les "affranchit" - spirituellement à défaut de l'être socialement - de l'autorité des hommes, quand bien même ceux-ci se croiraient aussi les maîtres du jeu, dans le domaine de l'amour, faisant preuve, au contraire, en la circonstance, d'une naïveté confondante, quand ce n'est pas tout simplement de la sottise (Sir James, découvrant les petits pois, est cousin en idiotie des gros "débiles" qui peuplent Damsels in distress, tel celui qui, lui, découvre les couleurs de l'arc-en-ciel, personnages ridicules, dont on se moque aisément, mais que Stillman, à l'instar de Jane Austen, sait rendre toujours attachants). Cela dit, les femmes aussi peuvent être naïves, voire même un peu sottes... Et "wit" Stillman, comme Jane Austen, en bons moralistes qu'ils sont (même à dix-huit ans, concernant Austen), avec le sens de l'humour qui les caractérise, l'ironie mordante dont ils sont capables, ne se privent pas de le rappeler. C'est bien de cela qu'il s'agit... Tout Stillman est là dans Lady Susan, ses personnages, ses répliques, même ses petits morceaux dansés (le chesnut en lieu et place du cha-cha-cha, du disco, des claquettes et de la sambola)... Pourtant, j'en suis convaincu, il y a autre chose pour expliquer le choix de Lady Susan.

Mais avant d'aller plus loin, un petit détour par Rohmer...

Love & friendship se déroule en 1793 (ou à peu près), soit la même période que L'Anglaise et le duc de Rohmer. Il existe des similitudes entre les deux films. Dans les deux cas, il s'agit du regard que porte une Anglaise: l'une, chez Rohmer, sur la Révolution française, au moment de la Terreur; l'autre, chez Stillman, sur ses congénères, la petite gentry, sous le règne de George III. Dans l'Anglaise et le duc, c'est le regard d'une belle étrangère (au cou de cygne), témoin privilégié (elle se trouve à Paris) des grands événements qui marquèrent la Révolution, tout en s'y montrant hostile (elle est décrite comme une "incorrigible royaliste"). Dans Love & friendship, c'est le regard non pas d'une étrangère, mais d'une femme sans scrupules, étrangère, elle, aux bonnes mœurs de la société géorgienne, usant de tous les stratagèmes (à commencer par la séduction) pour arriver à ses fins (un beau mariage, comme dirait Rohmer). En un sens c'est elle la révolutionnaire, suscitant la haine (le plus souvent), mais aussi la fascination (chez le jeune Reginald), voire l'admiration (ainsi de son amie Alicia, devenue américaine dans le film, ce qui en fait le véritable regard extérieur du film, en même temps que l'alter ego de Stillman: elle n'est pas qu'une simple confidente, elle est aussi la conseillère de Lady Susan, la guidant - tel un metteur en scène - dans son jeu avec les autres, au grand dam de son époux, image même de la "respectabilité", qui la menace, si elle continue de fréquenter Lady Susan, de la renvoyer dans le Connecticut).
Evoquant la Révolution française, dont on dit volontiers qu'elle n'intéressa jamais Jane Austen, je pense une fois encore à Chesterton qui, en conclusion de sa préface, écrivait à propos d'Austen que "nulle part il n'y a l'ombre d'un indice pour suggérer que cet esprit indépendant, cette intelligence rieuse, ait jamais cessé de se contenter de l'étroite routine domestique où elle écrivait, entre le soufflé et le pudding, une histoire aussi domestique qu'un journal intime, sans même regarder par sa fenêtre pour remarquer la Révolution française." Et qu'on ne m'objecte pas qu'il n'y a pas non plus l'ombre d'un indice pour suggérer le contraire...

A suivre: des rires et de la vitesse.

dimanche 26 juin 2016

[...]

Le point sur 2016 à mi-parcours:

Mon Top 4: (par ordre alphabétique)

Deux Rémi, deux de Pierre Léon
Julieta de Pedro Almodóvar
Love & friendship de Whit Stillman
Right now, wrong then de Hong Sang-soo

Trois beaux regards (documentaires): Bella e perduta de Pietro Marcello, In Jackson Heights de Frederick Wiseman, Visite ou Mémoires et confessions de Manoel de Oliveira

Trois comédies (inégales mais non sans charme): Everybody wants some!! de Richard Linklater, la Loi de la jungle d'Antonin Peretjatko, Mistress America de Noah Baumbach

Mon Top "four" (beurk):

Mad love in New York de Ben et Josh Safdie
Ma Loute de Bruno Dumont
The neon demon de Nicolas Winding Refn
The revenant d'Alejandro González Iñárritu

samedi 25 juin 2016

L'Anglaise et le duck

[duck. Contraction de dumb fuck. Se dit, entre autres, d'une personne complètement stupide. Ex: le personnage de Sir James Martin dans Lady Susan de Jane Austen]

Whit Stillman et Jane Austen, ça ne date pas d'hier. Mansfield Park irriguait tout Metropolitan, le premier film de Stillman, au point d'ailleurs que le personnage d'Audrey, l'héroïne du film, grande lectrice d'Austen, pouvait être vue comme une version contemporaine de Fanny Price, l'héroïne timide et vertueuse de Mansfield Park. C'était il y a 25 ans. Aujourd'hui Stillman revient à Austen, fort des trois autres films qu'il a réalisés par la suite (où l'on retrouvait l'idée de déclin présente depuis le début, quant aux classes supérieures, à l'Amérique, au disco et... à la décadence), mais cette fois dans un autre contexte, qu'on pourrait qualifier d'originel, celui de l'Angleterre à la fin du XVIIIe, l'Angleterre géorgienne dans toute sa splendeur (la décadence c'est pour plus tard), véritable terreau du cinéma de Stillman. Et Jane Austen, fine observatrice de la gentry de l'époque, son modèle romanesque, de Metropolitan à "The Cosmopolitans".

Ce qui ferait de Love & friendship une sorte de préquel de l'œuvre stillmanienne, le film d'avant Metropolitan...

Mais pourquoi Lady Susanœuvre de jeunesse méconnue de Jane Austen, jamais publiée de son vivant, vraisemblablement parce qu'elle n'en était pas satisfaite, peut-être aussi à cause de la forme, celle du roman par lettres, genre encore en vogue à la fin du XVIIIe (l'héroïne rappelle la Merteuil des Liaisons dangereuses), mais un peu frustrant quand on a le talent d'Austen, même si elle s'y était déjà essayée, dès l'âge de 15 ans, et brillamment, avec Amour et amitié (Love & freindship, avec la faute d'orthographe, qu'on pourrait traduire par Amour et amytié, titre repris donc par Stillman pour son nouveau film, mais sans la faute d'orthographe, à la fois parce qu'il n'aimait pas le titre Lady Susan - que personnellement je préfère - et pour faire écho aux grands romans d'Austen que sont Sense & sensibility - écrit d'ailleurs, initialement, sous forme épistolaire avant d'être réécrit à la troisième personne, le fameux discours indirect libre cher à Austen - et Pride & prejudice)? Oui donc, pourquoi Lady Susan? Stillman dit aimer beaucoup le roman, mais ce n'est pas suffisant, il y a forcément autre chose qui explique ce choix...

Avant d'aller plus loin, un petit détour par Chesterton, grand admirateur du génie comique de Jane Austen, avec un extrait de sa préface à l'édition originale d'Amour et amitié (qui date de 1922!):

"Lors d'une récente controverse dans la presse sur la sottise et l'uniformité de toutes les générations humaines qui nous ont précédés, quelqu'un écrivit que dans le monde de Jane Austen les dames étaient censées défaillir quand on les demandait en mariage. A ceux qui se trouvent avoir lu ne fût-ce qu'un seul livre de Jane Austen, cette association d'idées paraîtra quelque peu comique. Elizabeth Bennett, par exemple, se voit demander deux fois en mariage par deux admirateurs fort assurés, voire impérieux; et il est bien certain qu'elle ne s'évanouit pas. Il serait plus près de la vérité de dire que ce sont eux qui s'évanouissent. Quoi qu'il en soit, il peut être amusant, pour ceux que ce genre de choses amuse, et peut-être même instructif pour ceux qui ont besoin de cette sorte d'instruction, de savoir qu'on pourrait appeler le tout premier ouvrage de Jane Austen une satire sur cette fable de la dame en pâmoison. "Prends garde aux accès de pâmoison... Quoiqu'ils puissent être rafraîchissants et agréables sur le moment, ils feront à la longue, crois-moi, la ruine de ta constitution s'ils se répètent trop souvent, et en des heures inopportunes." Tels furent les mots de Sophia expirante à Laura éplorée; et il y a des critiques pour les citer à l'appui de le thèse selon quoi la société entière défaillait dans la première décennie du XIXe siècle! Mais en vérité, tout le sens de cette petite facétie est que les vapeurs sentimentales n'y sont pas ridiculisées en tant que fait - quand bien même il s'agirait d'une mode -, mais seulement en tant que fiction. Si Laura et Sophia paraissent grotesquement invraisemblables, c'est qu'elles défaillent comme jamais les dames ne défaillent en réalité. Ces ingénieux modernes pour lesquels les dames s'évanouissaient en effet se laissent abuser, au fond, par Laura et Sophia, et ils leur prêtent foi contre Jane Austen. Ils croient non les gens de l'époque, mais ses romans les plus absurdes, ceux auxquels même les gens de l'époque qui les lisaient ne croyaient pas. Ils ont gobé toutes les solennités des Mystères d'Udolphe, et n'ont jamais saisi la plaisanterie dans L'abbaye de Northanger.
Car s'il est un ouvrage de Jane Austen que tous ces juvenilia annoncent en particulier, il faut que ce soit la partie comique de L'abbaye de Northanger. Sans doute allons-nous causer un peu de leur importance considérable de ce point de vue; mais il sera bon de dire d'abord un mot sur ces ouvrages eux-mêmes en tant qu'objets de l'histoire littéraire. Chacun sait que la romancière a laissé un fragment inachevé, publié depuis sous le titre Les Watson, et un récit épistolaire complet, Lady Susan, qu'apparemment elle avait elle-même décidé de ne point publier. Toute préférence en ce domaine n'est que préjugé, puisque ce sont des affaires de goût auxquelles on ne peut rien; mais j'avoue que je vois un étrange accident de l'histoire dans le fait que des choses aussi ennuyeuses en comparaison que Lady Susan soient déjà imprimées, tandis qu'un texte aussi alacre qu'Amour et amitié ne l'a jamais été jusqu'à présent. C'est, à tout le moins, une curiosité de la littérature que de pareilles curiosités littéraires soient restées cachées ainsi, presque par accident. On a certainement senti, fort justement, qu'il est possible d'aller beaucoup trop loin une fois qu'on a commencé à vider la corbeille à papier d'un écrivain de génie sur la tête du public, et qu'en un sens cette corbeille à papier est aussi sacrée que la tombe elle-même. Néanmoins, et sans m'arroger plus de droits en l'affaire que n'en a quiconque à son goût personnel, j'espère pouvoir dire que, pour mon compte, j'aurais volontiers laissé Lady Susan dans la corbeille si j'avais pu reconstituer Amour et amitié pour mon album intime, afin d'en rire encore et encore tout comme on rit des grands burlesques de Peacock ou de Max Beerbohm..."

(à suivre)

jeudi 23 juin 2016

1977




  Le Camion de Marguerite Duras (1977).

"Le Camion ou la Terre vue d'un vaisseau cosmique" (Jean-Paul Fargier). Un film de science-fiction, le meilleur de l'année 1977 (enterrant Star wars et autres Rencontres du troisième type), mieux, LE film de l'année. D'ailleurs 1977, c'est l'année Duras, avec le Camion, mais aussi Des journées entières dans les arbres et Baxter, Vera Baxter.

5 autres films: l'Ami américain de Wim Wenders, Cet obscur objet du désir de Luis Buñuel, l'Homme qui aimait les femmes de François Truffaut, les Joueurs d'échecs de Satyajit Ray et Opening night de John Cassavetes.

Cette année-là, on lit Dialogues de Gilles Deleuze (avec Claire Parnet), une nouvelle aventure de Blake et Mortimer (déjà parue en feuilleton): Les trois formules du professeur Satō (le tome 1) de Edgar P. Jacobs, et Fragments d'un discours amoureux de Roland Barthes.

Côté musique, c'est l'année du punk (Sex Pistols, The Clash, Ramones...) et de la mort d'Elvis. On écoute Rumours de Fleetwood Mac et Marquee moon de Television. Mais l'album de l'année c'est Aja de Steely Dan (Aja comme naja, cf. la pochette).

Sinon, en 1977, le Royaume-Uni se posait déjà la question de son maintien dans l'Union européenne, 4 ans après son adhésion et 2 ans après un premier référendum confortant le "oui"... Aujourd'hui ça n'a pas beaucoup changé. Ce qui est amusant c'est que si la moitié des British (un peu plus, un peu moins, on verra) sont pour la sortie de l'UE ("Brexit or not Brexit?"), au foot ce n'est pas le cas. Toutes les équipes britanniques qui participent actuellement à l'Euro 2016 (Angleterre, Pays de Galles, Irlande du Nord, manque l'Ecosse, remplacée par... l'Eire qui elle, évidemment, est à fond pour l'UE) se sont qualifiées pour les 1/8e, bien décidées à rester dans l'Euro le plus longtemps possible...

lundi 20 juin 2016

[...]

La nuit de l'iguane. (parce que la nuit... et parce que l'iguane, anagramme ou presque du mot Guyane)

Vu la Loi de la jungle d'Antonin Peretjatko, un film que j'ai bien aimé, avec quelques réserves toutefois, qui concernent le rythme, plus précisément le passage du court métrage au long chez Peretjatko (réserves qui sont celles du burlesque en général, quand jadis les grands comiques du muet passaient du "deux bobines" au long métrage), ce qui impose un autre rythme, dans la gestion des gags notamment, conférant au film une dimension souvent plus onirique, plus poétique (à l'image ici du bestiaire), et pour le coup moins comique, au sens mécanique, qui ne cherche pas à provoquer instantanément le rire (on n'est pas chez Pécas, ni même Zidi, pas non plus chez Veber, même si le personnage que joue Macaigne rappelle, surtout au début, par son côté lunaire, le François Pignon/Perrin incarné par Pierre Richard)... où se trouvent ménagées des respirations, voire des pauses, ce que Peretjatko réussit dans les scènes de nuit, qui se passent dans les branches ou dans un hamac, avec Vimala Tarzan, Vincent McChâtaigne et les insectes: chenille-accordéon, cafard aux yeux verts fluo - le tucu-tucu, hé hé -, papillon bleu, etc., scènes qui sont les plus belles du film, avec la séquence, nocturne elle aussi, où Vim et Vin sont sous l'emprise d'un aphrodisiaque. A l'inverse, le recours à l'accéléré, typique des films de Peretjatko, de ses courts comme de son premier long, la Fille du 14 juillet - écho au vieux cinéma, au même titre que la fermeture à l'iris, surtout marque habituelle du comique -, n'est pas toujours heureux, ça passe quand même mieux dans un court que dans un film d'une heure trente, même si la gêne se situe davantage au niveau du son (les dialogues sont par moments inintelligibles) qu'au niveau de l'image (l'accéléré reste modéré). Le problème est donc de trouver le bon équilibre entre l'enchaînement des gags, propre au sketch, difficile à tenir sur la longueur (la saturation guette), et ces fameuses respirations qui, dans un long métrage, permettent de reprendre son souffle (avant de repartir de plus belle), quand le rire cède momentanément la place à quelque chose de plus léger, qui peut être comique mais sur un versant plus doux, plus tendre. Et c'est là, dans cette tension entre les deux temps de la comédie (burlesque vs romantique) que le film pèche parfois, qui fait que ça patauge un peu, le film tombant alors dans une sorte de faux rythme.
C'est le même problème en ce qui concerne l'aspect politique du film (autour de l'impitoyable "loi de la jungle"), dont on conçoit qu'il se limite à quelques slogans et autres aphorismes dans un court métrage, mais dont on attend davantage dans un film plus long. On nous opposera Godard (figure tutélaire qu'on devine ici à travers les phrases écrites plein écran et les faux raccords), sauf que Godard n'a jamais fait de films comiques, du moins volontairement, à part quelques uns (pas drôles d'ailleurs) comme Vladimir et Rosa. S'il y a dans la Loi de la jungle un côté "Pieds Nickelés" évoquant Pierrot le fou, ce qui inscrit la BD dans l'esthétique même du film, cela n'a rien à voir avec la citation au sens godardien, qui fait des Pieds Nickelés une simple citation parmi d'autres et, surtout, participe de cet art du collage qui chez Godard associe littérature - mineure ou grande - et cinéma, art qui est justement ce par quoi le politique advient, indépendamment de ce qui y est "dit". Chez Peretjatko, rien de tout ça. Son registre, on l'a vu, c'est la comédie pure, le burlesque, l'absurde, le "grand n'importe quoi" (ce qui en fait le prix, même si l'aspect potache en réduit la portée), et à ce titre c'est un cinéma plutôt satirique (de la Loi de la jungle à L'Echo des savanes il n'y a pas loin). C'est à ce niveau que se situe la référence aux Pieds Nickelés, pour le côté à la fois aventureux, via les deux héros, et magouilleur, à travers ceux qu'ils côtoient (la France d'outremer - les séquelles du colonialisme, les aberrations de l'administration... - et ses grands projets, aussi foireux que mégalos, ici le projet Guyaneige). De sorte que si le film renvoie à un certain type de cinéma, post Nouvelle vague, des années 60-70, il a finalement moins à voir avec le Belmondo anarchisant de Godard qu'avec les comédies "belmondesques" (et débrouillardes) de Philippe de Broca et Daniel Boulanger (lui-même ancien bourlingueur), des comédies marquées par l'immédiateté de l'action. C'est ça aussi qui, outre le burlesque et ses respirations poétiques, et ce malgré certaines faiblesses dans le rythme, fait la réussite du nouveau Peretjatko...




La bande-annonce de l'Opération de la dernière chance d'Antonin Peretjatko (2006).

Bonus: quelques courts du cinéaste, certains connus, comme French kiss, d'autres moins, comme Paris monopole ("chaque matin qui se lève est une leçon de courage"), où l'on retrouve tous les ingrédients de ses futurs longs, jusque dans certains personnages - dans la Loi de la jungle, Fred Tousch joue le même rôle de psychopathe que dans Paris monopole -, et Vous voulez une histoire?, plus mélancolique, plus jazzy, dans l'esprit du "Cinéma, cinémas" de Boujut, avec la voix off et les voyages au bout du monde ("vous voulez une histoire?... mettez deux femmes dans un train et imaginez que l'une d'elles est rousse").

mercredi 15 juin 2016

Wilson Pro Staff




Wimbledon, 2 juillet 2001, 1/8e de finale entre Pete Sampras et Roger Federer. Ce qui sera leur seule et unique confrontation. Et comme un passage de témoin entre deux des plus grands joueurs de tennis de l'histoire, peut-être même les deux plus grands. Federer, même pas 20 ans, futur n°1 mondial (de 2004 à 2007 puis en 2009, avec Nadal comme grand rival) et qui gagnera 7 titres à Wimbledon, bat Sampras, de 10 ans son aîné, ancien n°1 mondial (de 1993 à 1998, avec Agassi comme meilleur ennemi) et qui, lui, a déjà gagné 7 fois Wimbledon... il le bat en 5 sets très serrés: 7-6, 5-7, 6-4, 6-7, 7-5 (le match a duré plus de 3 heures et demi, et s'est joué sur quelques points). Ce qui m'avait frappé à l'époque, outre la qualité - exceptionnelle - de la rencontre, c'est que les deux joueurs utilisaient la même raquette (disons plutôt que Federer jouait avec la même raquette que celle de Sampras qui était son idole), une Wilson Pro Staff 6.0 85. C'était déjà la raquette d'Edberg, leur prédécesseur au sommet de la hiérarchie, au début des années 90, une raquette au tamis relativement petit: 85 square inches, soit 548 cm2. Aujourd'hui on tourne autour des 100 sq. inches (645 cm2). Bon évidemment, si on compare aux raquettes en bois des années 60 et surtout à la fameuse Wilson T2000 de Connors, au tamis tout rond, une sorte de banjo en alu, qui ne devait pas dépasser les 70 sq. inches (452 cm2!), peut-être même moins, 85 sq. inches c'était une bonne taille, mais au début des années 2000 ce n'était plus vraiment le cas, la moyenne c'était plutôt 93-95 sq. inches (600-613 cm2)... En fait 85 in2 c'était la taille des raquettes des années 80, telle la Dunlop Max 200g de McEnroe et Steffi Graf, qui fut aussi la première raquette en graphite... Surtout, et c'est là où je voulais en venir, la Wilson Pro Staff 6.0 85 c'est la raquette avec laquelle moi-même j'ai joué pendant de nombreuses années (dans une autre vie et à un niveau très modeste), partant du principe (j'étais jeune) que si j'utilisais la même raquette que celle des plus grands je deviendrais forcément meilleur. Bah non...

dimanche 12 juin 2016

Pietro Marcello




Bella e perduta de Pietro Marcello (2015).

Pietro Marcello, quelque part entre Pasolini (L'umile Italia) et Pelechian...

Pas encore vu Bella e perduta mais lu ce beau texte sur le film:

Parabole du beau et de l'image invisible.

Jouir du beau, encore

Il était une fois un palais en ruines. Un homme s’en éprit. Ce n’est pas un agneau blanc, mais un bufflon noir qu’il trouva un jour sur sa route, entravé à peine né, pour crime de mâlitude, et exposé ainsi, inutile puisque la technique a confisqué le produit de sa puissance sexuelle et qu’il n’est plus qu’une bouche à engloutir le lait qu’il ne rendra jamais. L’homme se baissa sur la tremblante tache noire, la délia, l’emmena, la nourrit. Il la plaça chez d’autres maîtres, paysans, héros ou saints - et, pour certains, héritiers de la commedia dell’arte.
Bella e perduta, ce titre reprend les mots familiers à tous les amoureux de l’opéra ainsi qu’au peuple qui accompagna de son chant la naissance de la jeune Italie. Est-ce pur hasard si Verdi, son premier roi qui en savait long sur la force du destin, invita ses contemporains à entonner en chœur, au moment où triomphait le patriotisme, le chant de l’exil des Hébreux ("Oh mia patria sì bella e perduta!" in NabuccoVa, pensiero, sull'ali dorate)?

Quand le mythe dit le réel
La zone dite par Fechner d'"indifférence esthétique", à supposer qu’elle existe, est ici mise à l’épreuve de la puissante invocation à laquelle le cinéaste se livre. La bocca del lupo avait exploré d’autres confins. Ici Pietro Marcello s’approche du gouffre à couvert. Il sait que les brèches sont nombreuses dans le "dernier rempart avant l’horreur" dont Lacan commentant Antigone a qualifié la beauté. Il choisit donc de s’arrêter juste avant de montrer les spectacles de barbarie dont nos rétines sont saturées. Et il nous ramène aux temps mythiques de la sauvagerie et de la cruauté qui sont de tous les temps, excepté le nôtre qui les a civilisées.
Sull’ali dorate (sur ses ailes dorées), la pensée, force qui va, était donc invitée par le chant à évoquer la patria, vouée qu’elle est désormais à une existence enfuie. La pensée a divorcé de la vie, elle a sombré dans les limbes - et Vak, la parole, la vache (André Padoux a souligné cette commune origine), pour partie avec elle, là où le temps est suspendu.
Réfractant la lumière dont il inonde les prunelles des bovins primitifs, Pietro Marcello plonge dans ces lieux intermédiaires où règne la raison depuis Freud. Sa vision nous baigne dans les images de son rêve, son regard nous force à faire tomber les murs qui nous séparent de la vie sì bella e perduta qui n’en finit plus de faire naufrage.
Alors il fait précipiter ce regard en paroles, se faire et se défaire les liens entre l’animal (mon frère) et les hommes qui se suivent frayant chacun un bout de chemin à ses côtés. Les mots trament la pellicule, si mince qu’on redoute que le charme qu’elle véhicule se rompe, ce dont les longues coupures des paupières sombres qui s’abaissent entre les séquences donnent ces signes qui ne trompent pas.
On croisera des manifestations très actuelles, des cortèges de manifestants dociles dans leur agitation. Et on aura des apparitions profanes, des émotions hors d’âge. Ainsi, de vacillement en vertige, traversés de vers antiques et de vagues charriant des troupeaux antédiluviens, on sera ramené à ce début du film où l’on savait parfaitement quel spectacle l’œil de l’obligeante caméra allait nous épargner. Car on n’avait rien vu, et à la fin, on ne verrait rien. On saurait de source d’autant plus sûre que la mort n’est la mort que tue et cachée. On se rappellerait le plus humble dictionnaire épelant le u de la vue, qui redouble le i de la vie, et que dans les halliers la sonnerie de la vue est le prélude à la mise à mort où l’on n’entend plus que les trompes, les cliquètements des brides des chevaux, les hurlements des chiens.

Sì bella e perduta
Ainsi au commencement du film l'œil de la caméra fixé entre ses cornes accompagnait les pas chancelants et lourds de l’animal dans un étroit corral. Nous ne savions pas encore qu’avant d’arriver à cette extrémité hâtée par l’homme la parole qui avait été donnée contre toute attente au couple du buffon et de son berger lui aurait été retirée; que le cinéaste nous laisserait rivés au monologue de l’animal, et que nous verrions bouger les lèvres du maître, sans plus entendre le son de sa voix. Nous ne savions que trop l’empire de la seconde solitude dans la vie contemporaine, au sens où Lacan a parlé de la seconde mort - solitude faite des mémoires impartageables qui assaillent le vivant et font de sa chair un tombeau - n’était la parole vive, à la vertu de laquelle nul ne renonce à croire, le temps qu’il faut pour renouer avec celle des dieux, qui sont le réel par la grâce du poète dont le chant draine le plus de vie et accompagne la mort, non sans faire fotter sur elle le voile de la beauté.
On se rappellerait alors le monologue de la Mort dans Der Kaiser von Atlantis, chantant comment le siècle XXe tua la mort même, par extrême extermination et accumulation de corps marchandises de rebut, indénombrables et sans sépulture. Car Bella e perduta, qui est du siècle suivant, porte en lui tout cela sous la forme de l’ensevelissement, puis de l’oubli qui recouvre ces choses.
Ce sont donc ces choses invisibles que Pietro Marcello nous donne à voir, et qui nous inspirent des questions: qui peut savoir ce qui hantait les hommes qui peignirent sur les parois des cavernes les images qui nous hantent à notre tour? Ou ce qui inspirait François d’Assise (1225 après J.-C.), qui rassembla dans son Cantique les créatures en un tout, après qu’Adam les eut nommées une par une? (Nathalie Georges-Lambrichs, Lacan Quotidien n°587)




La bocca del lupo (2009).


Bonus: Il passaggio della linea (2007) et Il silenzio di Pelešjan (2011).

vendredi 10 juin 2016

[...]

Nicolas Winding Refn, un type à l'égo gros comme le bras, une sorte de Lynch du pauvre qui se rêve en nouveau Godard (NWR comme JLG?) et dont le dernier film, The neon demon, sur le monde de la mode, n'est qu'un truc de pubard débile maquillé en manifeste avant-gardiste, autant dire un attrape-gogos:

Première de Gucci + Manifesto de YSL + X.O d'Hennessy = The neon demon.

R.E.F.N.: Réalisateur à l'Esthétique Flafla et Néonesque. J'y reviendrai...

En attendant, on peut revoir des giallo (genre avec lequel le film de Refn n'a strictement rien à voir, la fin, même pas grotesque - le film est dénué du moindre humour -, ne faisant qu'entériner la vacuité abyssale du projet) ou encore... Rebels of the neon god (hahaha) de Tsai Ming-liang, non seulement pour l'image du néon et le côté soi-disant rebelle qui caractériserait Refn (selon ses propres dires), mais surtout pour ce qui manque tant (outre la modestie, l'intelligence et l'humour, oui je sais, ça fait beaucoup) à son film et son cinéma en général: la vibration.

Sinon, question "paillettes"... je préfère ça.

[ajout du 11-06-16]:

Finalement je n'écrirai pas sur le film (trop nul pour que j'y consacre un texte, même rapide)... Lire plutôt ça à la place:

"[...] si l'art numérique n'avait pour effet que de renouveler encore une fois les figures de la subjectivité ou de déplacer les relations de l'auteur, de l'œuvre et du spectateur, il ne ferait que participer, à sa manière, au vaste système de régulation symbolique qui assure à la société le maintien et l'extension de sa culture. Emancipé ou non du sacré, il demeurerait prisonnier du sens, quels que soient ce sens, ses valeurs. Or, l'art ne se réduit pas à produire du sens. Pas plus que du non-sens: toute négation, toute inversion du sens, s'inscrit fatalement dans le sens. L'art produit, sans quoi il n'est pas art, un effet singulier de jubilation sensorielle, de transe perceptive, propre aux formes sensibles qu'il met en œuvre - qu'elles soient réalistes, abstraites, géométriques ou conceptuelles, car cette transe peut naître aussi bien d'une forme matérielle que d'une forme immatérielle - et sans laquelle celles-ci ne sauraient ni capter, ni retenir le regard, l'écoute, l'attention. Tous les arts jouent subtilement avec la transe, l'exaltent ou la tempèrent; elle est intense dans la musique et la danse, plus légère dans les arts visuels. Toute œuvre cherche à provoquer la perception, à la faire chanter, pour la plonger dans cet état de jouissance où elle s'abîme dans sa propre contemplation, se suspend dans cette sorte de "petite mort" violente et délectable. C'est alors que l'art cesse de signifier, cesse de réguler, échappe à toute injonction du sacré. Mais la transe est transitoire. Instable, elle ne peut perdurer. Sans cesse, le sens resurgit: l'art reprend ses multiples fonctions symboliques. Les œuvres les plus fortes sont celles qui savent entretenir la transe sans renoncer au sens et porter l'un et l'autre à leur plus haut point de tension.
Avec le numérique, la présence masquée, au cœur des outils, de la science et de sa rationalité pèse très lourdement sur l'acte artistique mais en revanche, la multimodalité des interfaces, l'accentuation des effets synesthésiques et de l'hybridation des formes qu'elle provoque, l'ouverture sur un espace et un temps différents, prometteurs de découvertes, l'implication du corps et de son expressivité gestuelle dans le dialogue homme-machine, redonnent à la transe des occasions de se manifester que l'art contemporain lui offre rarement. Certes, l'on peut craindre que cette situation ne pousse à rechercher la transe pour elle-même, détachée de tout projet esthétique et réduite à un état de surexcitation permanente, comme on le voit déjà parfois. Le numérique en soi-même, en tant que technique, ne donne aucune assurance d'un renouveau de l'art et de la culture; il ne conduit pas forcément non plus à quelque catastrophe généralisée du sens. Mais on ne peut douter que rien ne se joue, à l'avenir, hors de son univers technologique, hors des interfaces de plus en plus complexes et nombreuses à travers lesquelles l'homme et la machine sont obligés de dialoguer. Produire, coproduire, échanger, partager des images, des sons, des mots, des gestes, des sensations, des idées, n'est réalisable que si l'on se tient au croisement du réel et du virtuel. Chiasme totalement utopique et uchronique où s'hybrident intimement le sujet, l'objet et l'image, l'auteur, le spectateur et l'œuvre, le calcul et le corps, l'algorithme et l'émotion..." (Edmond Couchot) 

C'est pas tout récent, ça date de 1998, mais bon, le problème de NWR y apparaît néanmoins clairement, on peut même dire dans toute sa splendeur: scènes de "transes" (esthétiques) qui ne sont là que pour entretenir la "surexcitation" (de l'auteur avant tout, le "je" n'y a jamais été aussi écrasant), entrecoupées de scènes complètement atones (le récit et NWR ça fait deux manifestement) et surchargées au niveau symbolique (ah, le triangle inversé, les miroirs, la lune, le puma dans la chambre - oui oui la Féline -, si t'as pas compris que le vrai sujet du film, derrière cette histoire de rivalité dans le milieu du mannequinat, c'est la Féminité avec un grand F, on peut rien pour toi mon pauvre), tout ça vu par un admirateur d'Orange mécanique (qu'on retrouve ici à travers l'image de l'œil) et Massacre à la tronçonneuse, auteur jusque-là de grosses daubes aussi musclées que rutilantes et, question "féminité", plus proche évidemment - pour rester au Danemark - de son aîné von Trier (qui est plus tordu) que de son ancêtre Dreyer (qui était moins puritain), autant dire qu'entre lui et la femme il y a plus que l'épaisseur de ses lunettes, c'est un vrai mur de verre qu'il lui faudrait briser pour comprendre un tant soit peu quelque chose à la femme et aller au-delà de l'imagerie habituelle, son regard restant celui d'un publicitaire. Enfin bref, passons...